Décembre 48 : Dans le cadre des transferts de pouvoirs, mise en place des premières écoles d'instruction des militaires vietnamiens de l’A.N.V. qui se poursuivra jusqu’en 1951. L’instruction se fait au Vietnam (écoles de Dalat, Hanoi, Thu Duc) en France voire au Maroc. Selon Cournil et Journoud, « L'A.N.V. se développe sur le modèle de l'armée française. Elle en devient presque une doublure identique dans son organisation (divisions, bataillons, sections et grades) (Cournil, Journoud, 2011, p. 69).
7 décembre 48 : Opération Pégase au Tonkin. Deux groupements font leur jonction à Phu Ly puis pénètrent dans les calcaires de Chiné et de Phu Nho Quan (au nord-ouest de Nam Dinh). Le VM résiste. Vaste fouille de la région qui permet de découvrir des ateliers disséminés de production d’armement en tout genre. Seul un tiers d’entre eux sera détruit. C’est donc une nouvelle opération locale, de petite envergure, qui ne remet pas en cause une situation qui localement demeure en faveur du VM.
16 décembre 48 : L’ambassadeur de France à Nankin (capitale de la Chine nationaliste) lance nouvel un avertissement : « Les intentions du communisme chinois ne doivent pas nous faire illusion. Le péril qui nous menace en Indochine est à mon avis d’une extrême gravité. Le Vietminh recevra des armes, des munitions et, par la frontière commune, une source inépuisable de combattants volontaires. Iront-ils plus loin, jusqu’à l’assistance directe ? On ne saurait même exclure cette éventualité. Pour parer à ce danger, quelque chose doit être fait au plus vite. » (cité in Gras, 1979, p. 248)
30 décembre 48 : Léon Pignon qui a été nommé au poste de haut-commissaire le 21 octobre se rend à Cannes pour y rencontrer Bao Daï. Partisan de longue date de la « solution Bao Daï », cette rencontre se passe bien mais le refrain français n’a guère changé : il faut retourner au Vietnam… Ce qui irrite l’ex-empereur. Celui-ci expose les griefs du gouvernement vietnamien de Xuan : absence d’un pouvoir réel, privation de ressources financières, absence de police et d’armée. Ce qui fait les choux-gras du VM en en faisant un gouvernement « fantoche ». L’échange est franc : « […] Rendez-nous la Cochinchine afin de concrétiser l’unité du Vietnam… La France a tort de retenir d’une main ce qu’elle prétend donner de l’autre. Elle a tort et c’est le peuple vietnamien qui supporte les conséquences de cette erreur, plus, de cette faute. » Bao Daï garde son invité à dîner et poursuit les échanges : « Vous enlèverez aux communistes vietnamiens le masque du nationalisme sous lequel ils sont parvenus à tromper le peuple et à justifier leur action au plan international. Alors, privé de ce support, le Vietminh n’aura plus de raison de poursuivre la guerre, il sera un parti comme les autres. » (Bao Daï, 1980, pp. 211-213) C’est sans doute aller un peu vite quant à l’idéologie communiste qui n’est pas qu’une forme de nationalisme…
31 décembre 48 : L’Assemblée de la République de Cochinchine (dominée par les colons) devient l’Assemblée du Sud-Vietnam.
En fait, seuls les principaux services publics (Santé, services municipaux de police vietnamienne, Poste, etc…) passent sous juridiction sud-vietnamienne. Rien n’indique clairement que la France ait lâché du lest depuis les accords du 5 juin signés en baie d’Along.
Le Comité de Défense nationale réuni à l’Élysée examine une nouvelle fois le problème lancinant des effectifs du corps expéditionnaire (voir 30 novembre). Les chiffres sont revus à la hausse par Coste-Floret : de 90 800 préconisés par Auriol, on repasse à 108 600, c'est-à-dire le maintien de l’effectif actuel et ce, du fait de la menace communiste chinoise (voir 16 décembre). Le nouveau haut-commissaire Pignon approuve et demande une rallonge de 7 000 hommes. Le Comité décide finalement d’en envoyer 5 000 (dont 1 000 aviateurs et 1 000 marins) ainsi que 3 000 tirailleurs nord-africains. Le recours au « jaunissement » des unités s’avère cependant nécessaire, à tel point que la quantité de troupes de couleur va dépasser celle des Français (Gras, 1979, pp. 250-251). Dans les faits, les effectifs annoncés sont toujours en deçà de ce qui est préconisé ici (voir 1er janvier 1949).