Août 69 : Campagne aux U.S.A. en faveur des prisonniers demandant le respect de la Convention de Genève et l’acceptation des inspections de la Croix-Rouge internationale. Des voix se font également entendre au Sénat et à la Chambre des Représentants sur le sort des prisonniers. Au début, soutien de l’opinion publique américaine mais c’est une arme à double tranchant pour l’administration Nixon, qui favorise un argument de plus en faveur du retrait unilatéral et du démantèlement du gouvernement s-v (Kissinger 1, 1979, pp. 316-317).
1er août 69 : Au Cambodge, démission du premier ministre Penn Nouth pour raison de santé. Il sera remplacé par le général Lon Lol le 12.
4 août 69 : Première entrevue secrète entre Kissinger et Xuan Thuy (plénipotentiaire n-v pour les séances plénières des pourparlers de Paris) et Maï Van Bo chez Jean Sainteny à Paris (dont l’épouse a été étudiante de Kissinger). C’est, du fait du piétinement des négociations officielles, l’amorce de longues négociations bilatérales entre le N-V et les U.S.A. Elles dureront 4 ans et demi durant lesquels le gouvernement s-v ne sera pas mis au courant de leur teneur. Aucun aboutissement lors de la première rencontre, l’interlocuteur de Kissinger demeurant, malgré les avancées proposées par les Américains, de marbre. Seul un échange de points de vue a lieu (Kissinger 1, 1979, pp. 291-294 ; Nixon, 1978, pp. 252-253 et p. 287).
Kissinger se fait toutefois menaçant, déclarant que si aucun progrès ne se produisait, « nous serons obligés – à notre grand regret – de prendre des mesures qui auront des répercussions importantes. » (Shawcross, 1979, p. 109). Sur le calendrier de ces nombreuses rencontres : Tran Van Don, 1985, p. 288-290. Le même auteur rappelle, non sans ironie, que la presse locale de Saigon surnommait alors Kissinger « le diplomate nocturne » ou le « roi du camouflage » (Tran Van Don, 1985, p. 290).
La liste complète des 68 rencontres entre Kissinger, Le Duc Tho et Xuan Thuy est indiquée in FRUS, vol. XLII, pp. 1765-1766. Ce volume offre un compte-rendu détaillé de chaque rencontre.
6 – 11 août 69 : Deux jours après la première entrevue secrète durant laquelle ils ont exprimé leur intransigeance et après une période de pause relative de 8 semaines, les N-V et le F.N.L. déploient une forme de pression militaire. Ils attaquent la baie de Cam Ranh puis une centaine de villes et de bases s-v (Coppolani, 2024, p. 490).
12 août 69 : Au Cambodge, Lon Nol remplace Penn Nouth au poste de président du Conseil. Il est investi par l’assemblée nationale par 72 voix sur 75. C’est, selon Sihanouk, un « gouvernement de sauvetage » ou « de la dernière chance ». Mais le président du Conseil part aussitôt en France pour achever un traitement médical entamé en 1967. Il alternera ainsi des voyages entre la France et le Cambodge jusqu’au 18 mars 1970, date de son éviction.
Le prince Sirik Matak assure alors l’intérim. Vice-premier ministre, il est alors responsable de l’Intérieur, de la Sécurité, de l’Éducation nationale et des Affaires religieuses. Lon Lol annonce qu’il va vendre ou transformer en sociétés d’économie mixte les entreprises jugées « non rentables » et qu’il encouragera les investissements privés. Un choix qui sera désavoué par une partie de son gouvernement démissionnaire dès janvier 1970.
14 août 69 : Tom Charles Huston, jeune conseiller à la Maison Blanche chargé des relations avec les agences de renseignements particulièrement conservateur, adresse un mémorandum à Nixon portant sur les très probables troubles étudiants de l’automne. Selon lui, le mouvement étudiant est en train de se radicaliser vers des tactiques de « confrontation révolutionnaire ». Les étudiants sont, toujours selon lui, soutenus par des puissances étrangères communistes. Il estime que le F.B.I. et la C.I.A. ne sont pas assez agressifs pour infiltrer des groupes comme le S.D.S. ou les Black Panters. Dès cette époque, Nixon est particulièrement sensible à ce genre de discours. Il le sera encore plus par la suite avec la tentative d’adoption d’un « plan Huston » (voir 23 et 27 juillet 1970).
Au Cambodge, vingt-cinquième et dernier gouvernement du Sangkum dit « gouvernement de sauvetage » : gouvernement Lon Nol qui demeurera en place jusqu’au 18 mars 1970 (éviction de Sihanouk) (Jennar, 1995, p. 162). Le vice-premier ministre est un adversaire de Sihanouk et un partisan de l'alliance avec les États-Unis, tout comme le cousin du roi, le prince Sisowath Sirik Matak.
14 - 18 août 69 : Concert rock de Woodstock, nouvelle manifestation de la contre-culture, qui rassemble 500 000 personnes. Ce concert constitue une réactivation du mouvement anti-guerre des mois précédents qui avait tendance depuis quelque temps à s’essouffler (Portes, 2008, pp. 229-230).
Mi-août 69 : En pleine saison des pluies pour augmenter l’effet de surprise, importante offensive au Laos des troupes royales contre la plaine des Jarres (opération Kou Kiet, « sauver l’honneur » impliquant 23 bataillons). Elles sont appuyées par les interventions de troupes aéroportées et d’hélicoptères américains chargés de déposer les Forces spéciales du général Vang Pao (16 bataillons de mercenaires méo entretenus par la C.I.A.) sur les lieux d’engagement. Leur commandement est assuré par les Américains. Le P.C. opérationnel des troupes royales laotiennes se trouve alors à Udon, en Thaïlande (Burchett, 1970, p. 109).
21 août 69 : Dans une note, Laird informe Nixon sur l’importante question du rejet de la guerre (voir 14 août). Celui-ci « restait important et ne cessait de croître. » (Coppolani, 2024, p. 492) Le secrétaire d’État à la Défense, fervent partisan de la « vietnamisation » du conflit, estime alors que la guerre du Vietnam ne se joue pas seulement sur le terrain mais également dans les rues et au Sénat américain.
22 août 69 : Lors d’une visite du sénateur Mike Mansfield (commission des Affaires étrangères) à Phnom Penh, Sihanouk lui indique qu’il ne s’opposerait pas à un bombardement des bases de l’A.P.V.N. par l’aviation américaine dans les zones non-habitées. Ces bases sont toutefois camouflées et éparpillées, les bombardements risquent donc être d’une efficacité limitée. D’où le projet d’intrusions américaines terrestres secrètes au Cambodge (Nguyen Phu Duc, 1996, p. 281).
25 août 69 : Réponse d’HCM à la lettre de Nixon du 15 juillet. Pas d’avancée significative. HCM répond sèchement : « Notre peuple est déterminé à se battre jusqu’au bout. » (Nixon, 1978, p. 287) Il exige que les U.S.A. retirent leurs troupes unilatéralement, que Thieu et Ky démissionnent et qu’ils laissent les Vietnamiens décider de leur propre sort « sans interférences de l’étranger » (Wainstock, Miller, 2019, p. 254).
Fin de l’été 69 : Aux U.S.A., les groupes opposés à la guerre (Sam Brown) envisagent la tenue de manifestations nationales contre la guerre. Ces manifestations seront fréquentées par une élite intellectuelle qui est loin de représenter la majorité de l’opinion publique américaine. Cette dernière leur restera longtemps défavorable car remettant en cause les valeurs fondamentales de l’Américain moyen (Cazemajou, Lacroix, 1991, p. 89 ; Kissinger 1, 1979, p. 302).