Dernière modification le il y a 4 jours
par Jean-François Jagielski

Peyré Roger

Version datée du 11 mars 2026 à 16:57 par Jean-François Jagielski (discussion | contributions)
(diff) ← Version précédente | Voir la version actuelle (diff) | Version suivante → (diff)

Peyré Roger : Homme-clé au rôle particulièrement trouble dans ce que l’on va nommer l’« affaire des généraux » qui démarre en septembre 1949. Cette affaire qui va défrayer la chronique principalement fin 1949 et en 1950 demeure particulièrement complexe et alambiquée. Elle n’a jamais été vraiment éclaircie par les historiens. Certains aspects développés dans ce qui suit doivent donc être observés avec une nécessaire prudence.

Né le 10 juillet 1905 à Tonneins (Lot-et-Garonne). Il débute sa carrière comme représentant de commerce d’une société de tissus dans ce même département. Il voyage en Amérique où il demeure jusqu’en 1929. Une rumeur prétend qu’il y ait pratiqué la traite des blanches. De retour à Tonneins, il monte un commerce de laine en 1932 qui fera faillite trois ans plus tard. Il est condamné le 2 juin 1938 à deux ans de prison avec sursis pour recel.

Durant l’Occupation, il rejoint les rangs du Parti populaire français (P.P.F.) de Doriot. De mèche avec la Gestapo, il fournit du drap pour confectionner les uniformes de la Milice, activité qui lui permet de réaliser d’importants bénéfices. Il s’installe à Paris pour les faire croître encore. Homme habile, il sait mettre plusieurs cordes à son arc et jouer double-jeu. Durant l’hiver 1944, il entre en contact avec la D.G.E.R. et informe ses services sur le cas de doriotistes qui cherchent à entrer dans la clandestinité. Grâce à ses renseignements, les R.G. et le S.D.E.C.E. procéderont à des arrestations en mars 1945 dans les milieux collaborationnistes.

En février 1945, il est rattrapé par un mandat d’arrêt de la cour de justice de Paris mais parviendra à se tirer des mailles du filet en dénonçant ses anciens comparses durant l’Occupation. Il est condamné le 3 novembre 1946 à la dégradation nationale et à la confiscation de ses biens. Mais l’homme sait se tirer des mauvaises passes par le jeu de ses relations : le 12 mars 1948, la Justice le blanchit. Toute mention de ses méfaits passés est retirée de son casier judiciaire début 1949. Il parviendra même à être fait chevalier de la Légion d’Honneur sur proposition d’un collaborateur du général Revers pour services rendus à la Résistance.

De 1946 à 1949, ses liens avec le S.D.E.C.E. se relâchent. Il part pour l’Indochine pour conclure des contrats de fourniture de tissus où il a tout à gagner du fait du trafic de piastres. En juin 1949, de retour à Paris, il renoue avec le S.D.E.C.E. et travaille sur une mission militaire yougoslave.

Malgré sa piètre réputation, il se lie de près au général Revers devenant à la fois un (faux)-ami, un confident mais également un informateur disposant d’un important réseau. Du moins, le prétend-t-il. Il est vrai qu’il parvient à connaître avant tout le monde des informations touchant à sa carrière et sait flatter l’ambition du militaire.

Au moment où éclate l’« affaire des généraux » (cf. chronologie, septembre-octobre et novembre 1949), il monnaye la diffusion du rapport Revers auprès du VM. La D.S.T. le soupçonne rapidement, l’arrête et l’interroge. Peut-être épaulé par le S.D.E.C.E. pour lequel il a travaillé et fort de ses connaissances sur la compromission et la vénalité des hautes sphères de la IVe République, blanchi par une décision de justice militaire hâtive qui arrange beaucoup de monde, il parvient à quitter la France en toute légalité et part alors pour l’Argentine. De là, il rejoindra par la suite le Brésil, pays qui n’a pas de convention d’extradition avec la France. L’aspect trouble de sa personnalité, sa fuite et ses compromissions donneront lieu à un vaste scandale largement étalé dans la presse qui va discréditer le monde politique et l’armée durant l’année 1950. S’ajoute à cela une guerre des polices entre la D.S.T. qui dépend du ministère de l’Intérieur et le S.D.E.C.E. qui dépend de la présidence du Conseil et a de forts liens avec l’armée. Peyré est alors condamné par contumace.

Il profitera de l’annonce de la défaite de Dien Bien Phu pour revenir en France le 8 mai 1954. Intercepté dès sa descente d’avion, il est immédiatement arrêté et inculpé d’atteinte à la sûreté extérieure de l’État. Son arrestation fait à nouveau grand bruit. Emprisonné à Fresnes, il est rejugé en décembre 1954 devant le tribunal militaire de Paris. Le verdict tombe le 22 décembre 1954. A la grande surprise des observateurs, la peine est légère : deux ans de prison avec sursis. Les accusations de haute trahison et d’espionnage sont abandonnées au profit d’accusations plus techniques liées à la divulgation de secrets de défense nationale. Ayant fait de la préventive, il est immédiatement libéré. Visiblement, alors que la guerre d’Indochine est terminée, personne ne cherche à rouvrir une plaie qui pourrait être à nouveau bien embarrassante pour certains. Peyré se retire alors des projecteurs jusqu’à sa mort. 

💬 Commentaires

Chargement en cours...