Juin 80 : John Saunders, coordinateur de l’assistance à l’U.N.I.C.E.F. nommé par Kurt Walheim depuis décembre 1979, quitte Phnom Penh. Aucun fonctionnaire cambodgien ne vient saluer ce départ ni même le remercier. Seul l’ambassadeur d’U.R.S.S. a fait le déplacement. Il occupera désormais à New York la fonction de directeur de l’opération au Cambodge pour l’U.N.I.C.E.F. Il est remplacé par le Finnois Kurt Janson (Shawcross, 1985, p. 258).
9 juin 80 : Suite à des négociations complexes qui ont eu lieu courant mai, négociations dont ont été exclus les autres organismes humanitaires, signature d’une convention entre l’U.N.H.C.R. et le gouvernement thaï au sujet des rapatriements contraints et forcés de réfugiés à la frontière. Désormais chaque individu ou famille vivant dans un camp signerait en présence d’un interprète, d’un fonctionnaire thaï et d’un représentant du H.C.R. un formulaire de consentement à son départ vers le Cambodge. Ce formulaire spécifierait le point de passage retenu. Les réfugiés seraient alors embauqués dans des autocars thaïs et renvoyés vers la frontière. Le C.I.C.R. et l’U.N.I.C.E.F., craignant un afflux massif de réfugiés les camps frontaliers qu’ils ont en charge, dénoncent cet accord dont le gouvernement de Phnom Penh n’a pas été mis au courant (Shawcross, 1985, pp. 287-288).
Les autorités thaïes ont au préalable lancé un vaste mouvement de propagande dans certains camps, incitant les réfugiés à rejoindre ceux de la frontière plutôt que d’attendre un éventuel et bien incertain placement à l’étranger. Des pressions et des déplacements contraints sont exercées contre les dirigeants bouddhistes qui affirment le contraire (Shawcross, 1985, pp. 289-290). Le nombre de réfugiés désirant rejoindre la frontière cambodgienne demeurera limité.
10 juin 80 : Les autorités thaïlandaises font connaître au Bankok Post la teneur de l’accord de la veille. Celui-ci titre « Les Khmers vont être rapatriés volontairement » (Shawcross, 1985, p. 288).
11 juin 80 : Déclaration du ministre des Affaires étrangères thaï qui annonce que 100 000 réfugiés sont concernés par l’accord du 9. Elle est immédiatement dénoncée par Hanoï et la S.P.K. (agence de presse du gouvernement de Phnom Penh) qui parle d’ « une nouvelle agression extrêmement grave contre le Kapuchéa » précisant que « les autorités thaïes devront porter le pleine responsabilité, quant aux conséquences. » (Shawcross, 1985, p. 288)
13 juin 80 : Rencontre privée entre Zia Rizvi (représentant de l’U.N.H.C.R.) et Nguyen Co Tach (ministre des Affaires étrangères vietnamien). Ce dernier estime que le projet de rapatriement des réfugiés en territoire thaïlandais à la frontière est inacceptable (Shawcross, 1985, p. 289).
15 juin 80 : Nouvel afflux de réfugiés indochinois dans divers pays d’Asie du Sud-Est. La Thaïlande s’apprête à renvoyer chez eux des milliers de Cambodgiens qualifiés de « rapatriés volontaires » (Bui Xuan Quang, 2000, p. 721).
16 juin 80 : Robert Jackson (sous-secrétaire général à l’O.N.U.), qui n’a pas été mis au courant par le H.C.R. de l’accord du 9, rencontre de hauts-fonctionnaires à Hanoï et confirme qui lui ont fait part de leur total mécontentement (Shawcross, 1985, 289).
17 juin 80 : Les KR intensifient leurs opérations militaires contre l’armée vietnamienne (Bui Xuan Quang, 2000, p. 721).
22 juin 80 : Les forces vietnamiennes attaquent des zones encore contrôlées par les Khmers Rouges et franchissent la frontière thaïlandaise pour contrer le « rapatriement volontaire » de réfugiés cambodgiens amorcé le 17 juin par la Thaïlande. Cette action renforce l’hostilité de tous les pays de l’A.S.E.A.N. et ruine les efforts diplomatiques du ministre vietnamien des Affaires étrangères, Nguyen Co Thach, qui espérait faire partager la position vietnamienne par certains pays de l’A.S.E.A.N. comme par exemple l’Indonésie (Férier, 1993, p. 164). Les troupes thaïes alors en pleine relève sont prises au dépourvu mais réagiront ultérieurement. Des milliers de réfugiés se trouvent pris entre deux feux : 400 seront tués et 900 blessés (Shawcross, 1985, p. 290).
26 juin 80 : Suite à la récente incursion vietnamienne sur son territoire, la Thaïlande demande à l’A.S.E.A.N. de la soutenir. La Chine répond positivement. Les États-Unis accroissent l’aide militaire en accordant 32,5 millions de dollars supplémentaires (Bui Xuan Quang, 2000, p. 721).
Fin juin 80 : Seules 110 000 tonnes de vivres ont été livrées depuis le début du programme alimentaire. On est loin des 30 000 tonnes mensuelles envisagées par les organisations humanitaires en octobre 1979. Si le programme avait été respecté, on aurait dû aboutir à la présence de 240 000 tonnes (Shawcross, 1985, p. 259).