Dernière modification le il y a une semaine
par Jean-François Jagielski

Novembre 1979

1er novembre 79 : Ayant recueilli le témoignage de trois collègues de retour de Phnom Penh (Jim Sasser, Max Baucus et John Danforth), le sénateur Edward Kennedy (voir 16 octobre), candidat démocrate pour l’instant non déclaré à l’investiture, accuse l’administration Carter de totale inefficacité depuis juillet à l’égard de la situation humanitaire au Cambodge : « Trois mois ont passé sans aucune action de la part du gouvernement. Il est incroyable que l’unique mouvement ait été l’héroïque effort de la Croix Rouge et de l’U.N.I.C.E.F. pour faire le travail tout seuls. » Il réclame « un pont aérien pour l’envoi massif de vivres et de médicaments » à partir des Philippines et de la Thaïlande (Shawcross, 1985, p. 173).


5 novembre 79 : Henri Labouisse (directeur de l’U.N.I.C.E.F.) rencontre Heng Sarim en compagnie de François Bugnion et Jean De Courten (C.I.C.R.). Ils évoquent un problème majeur, la retenue de l’aide dans les entrepôts de Kompong Som ou les magasins gouvernementaux de Phnom Penh. Bugnion proteste contre ce dont il a été témoin : deux Land Rover amenées par la Mission conjointe, remplies de soldats en armes et utilisées comme véhicules d’escorte militaire. Il a rendu compte de cette situation à Genève. Face à ces dérives, Labouisse, est plus compréhensif. Les deux organismes n’ont pas tout à fait la même culture ni la même perception et les mêmes exigences face aux réalités du terrain : l’U.N.I.C.E.F. cherche à se concilier les bonnes grâces gouvernementales ; le C.I.C.R. est quant à lui plus habitué à s’opposer aux gouvernements. Quant à Sarim, il demeure arqué sur ses positions antérieures : l’aide ne doit pas être « distribuée aux deux camps ». Labouisse ne pose pas les questions qui fâchent et l’entretien demeure courtois. Ce qui laisse les membres du C.I.C.R. sur leur faim. Ils le feront savoir à Genève (Shawcross, 1985, pp. 184-185).

6 novembre 79 : Kurt Waldheim lance un appel à la communauté internationale pour qu’elle vienne en aide au Cambodge. Les pays donateurs (U.S.A., Europe occidentale, Japon, Australie) s’engagent à fournir 210 millions de dollars mais non les 350 voulus par le Secrétaire des Nations Unies (Shawcross, 1985, pp. 179-183).



7 novembre 79 : Une conférence internationale se tient à New York au siège de l’O.N.U. pour étudier l’aide humanitaire d’urgence à accorder à la population cambodgienne.

Nuitamment, à la veille de l’arrivée de Rosalynn Carter, le commandant thaï de la région des camps, le colonel Sawaenghit, fait tirer sur un campement cambodgien au long de la frontière suite au meurtre d’un soldat thaï qui avait violé une Cambodgienne (Shawcross, 1985, pp. 177-178).


8 – 10 novembre 79 : Envoyée en urgence et même en toute hâte par son mari sous la pression du sénateur Edward Kennedy (voir 16 octobre), Rosalynn Carter se rend dans les camps de réfugiés à la frontière khméro-thaïlandaise, notamment au camp de Sa Kaeo (tenu par les KR que Jimmy Carter avait dénoncé comme « les pires violeurs des droits humains » mais qu’il soutenait à l’O.N.U.). La violence ambiante affleure de partout. Profondément marquée par cette visite, la first lady œuvrera à son retour  pour la création du National Cambodia Crisis Commitee (voir 28 novembre) (Shawcross, 1985, pp. 177-178).

13 novembre 79 : Signature aux U.S.A. par Carter de la loi sur le Disaster Relief Assitance Act qui accordera une aide d’environ 30 millions de dollars. Cette loi marque un moment où les États-Unis passent d’une réponse diplomatique timide et prudente à un engagement humanitaire massif au Cambodge. C’est aussi un moyen pour contourner les obstacles politiques qu’avait érigés le régime provietnamien de Phnom Penh aux organismes onusiens depuis le début de leur intervention.

14 novembre 79 : Nouvelle résolution de l’O.N.U. à l’initiative de l’A.S.E.A.N. exigeant à nouveau un retrait de toutes les troupes étrangères se trouvant au Cambodge. Elle obtient l’aval de Sihanouk, allié de circonstance des KR contre les Vietnamiens (Regaud, 1992, p. 182).

Or cette résolution constitue un moyen pour renforcer le pouvoir des derniers KR qui conservent le droit de représenter le pays au sein de l’instance internationale (voir 21 septembre). La résolution est adoptée par 91 voix pour, 21 voix contre et 19 abstentions. Elle perdurera jusqu’en 1990. Sihanouk aura beau par la suite dénoncer le « régime hitlérien » de Pol Pot, c’est en fait lui qui a rendu officielle la reconnaissance des KR par l’O.N.U. sachant qu’il en a été temporairement le représentant officiel (Férier, 1993, p. 164 ; Richer, 2009, p. 80). Le secrétaire général de l’O.N.U. est invité à lancer une opération internationale de secours.

Sihanouk va alors subir la pression conjuguée des Américains, de la Chine et de l’A.S.E.A.N. pour réintégrer une structure gouvernementale officielle par le biais du futur F.U.N.C.I.N.P.E.C. qui sera fondé le 31 mars 1981. Ce gouvernement sera une coalition plus qu’hétéroclite composé de gens qui se détestent. Il intégrera certains KR mais également des provietnamiens comme Son Sann. Sous la pression de Den Xiaoping, Pol Pot accepte cependant de confier le poste de chef de l’État à Sihanouk. Mais pour l’instant, ce dernier n’a pris aucun engagement officiel et attendra plus d’un an pour faire son retour dans l’arène politique cambodgienne (voir 31 mars 1981). Pendant ce temps, il voyage à l’étranger.



19 novembre 79 : Ouverture à la frontière thaïlandaise, côté thaïlandais, du camp de Khao l Dang (province de Sa Kaeo). 150 000 personnes y arrivent bientôt. Les Thaïlandais espèrent y enrôler les hommes en âge combattre contre les Vietnamiens. 250 000 personnes préfèrent rester dans un no man’s land entre les deux pays survivant de divers trafics.



​25 novembre 79 : Entretiens Sihanouk-Giscard d’Estaing à Paris.

Sihanouk décline l’offre de Son Sann de présider le F.N.L.P.K.

​27 novembre 79 : Diffusion à la télévision française dans le cadre de l’émission « les Dossiers de l’écran »  d’un montage de documents réalisé par Gilbert Larriaga et commenté par Alain Cancès. Le documentaire est suivi d’un long débat où sont présents Sihanouk, les journalistes Wilfred Burchett, Jean Lacouture, Paul Nahon et William Shawcross (voir bibliographie). Participent également à l’émission Claude Malhuret (secrétaire général de "Médecins sans frontière") et Jean-Yves Follezou (président du Comité français d'aide médicale et sanitaire à la population cambodgienne). Enfin le Père François Ponchaud (voir bibliographie), Pin Yathay (voir bibliographie) et Alain Madelin, député U.D.F., de retour d'une mission parlementaire au Cambodge. Le débat est très idéologique et se centre rapidement sur la question : « Y a-t-il actuellement un nouveau génocide orchestré par les Vietnamiens ? » Les rapports ambigus de Sihanouk et les KR sont également interrogés. (https://www.youtube.com/watch?v=pOrygJYdmt8)

​28 novembre 79 : Suite à la visite de son épouse à la frontière khméro-thaïlandaise (voir 8 - 10 novembre), Jimmy Carter soutient officiellement le National Cambodia Crisis Commitee. Il a pour but de coordonner les efforts des organisations caritatives et du gouvernement américain. Le Comité parvient à lever rapidement plusieurs dizaines de millions de dollars.

💬 Commentaires

Chargement en cours...