Dernière modification le il y a une semaine
par Jean-François Jagielski

Décembre 1979

Décembre 79 : L’U.R.S.S. envahit l’Afghanistan. L’Occident, la Chine et l’A.S.E.A.N. voient là une nouvelle volonté d’expansion du camp soviétique après l’invasion du Cambodge par les Vietnamiens. La Thaïlande, la Chine et les États-Unis continuent donc de soutenir les KR dans leur résistance contre le Vietnam.

Déclaration de Deng Xiaoping : « La Chine a tout intérêt à obliger les Vietnamiens à rester au Cambodge, car ils n’en souffriront que plus. » (cité in Biernan, 1998, p. 554)

Truong Chinh, membre du comité exécutif du P.C.V.N., fait paraître une brochure distribuée à Hanoï et Ho Chi Minh Ville. Selon cette publication, les KR ont « programmé de faire du Kampuchéa le tremplin de la guerre chinoise d’invasion contre le Vietnam, à partir de deux points d’attaque : une attaque de l’armée chinoise au nord, une attaque de l’armée fantoche de Pol Pot-Ieng Sary au sud. » (Regaud, 1992, p. 20)

Selon un rapport de la C.I.A., le nombre de victimes au Cambodge durant la période kr se situe entre 1,15 et 1,3 million de personnes. En décembre 1979, la population cambodgienne ne dépasse pas les 5,2 millions d’habitants (Regaud, 1992, p. 66).

Visite au Vietnam de l’amiral Sergueï Gorshkov, commandant en chef de la flotte soviétique. Suite à cette visite, la base aéronavale de Cam Ranh va prendre le dessus sur les autres ports vietnamiens (Haïphong et Da Nang) : présences de navires, systèmes d’écoute et de communication. Il semble que les Vietnamiens n’ont alors plus accès à cette base, ce qui semble prouver qu’il y ait eu un abandon de souveraineté (Regaud ; 1992, p. 158 ; carte des facilités militaires soviétiques en Indochine in idem, p. 161).



5 décembre 79 : Selon certaines O.N.G. internationales, 80 à 90 % de l’aide alimentaire urgente destinée aux populations du Cambodge demeure bloquée à l’aéroport de Phnom Penh du fait de la mauvaise volonté pour coopérer du gouvernement provietnamien (Deron, 2009, p. 223).


6 décembre 79 : Déclaration de Jimmy Carter : l’invasion vietnamienne a provoqué « une nouvelle vague d’oppression, de faim et de maladie » au Cambodge. Les autorités vietnamiennes et cambodgiennes sur place  ont « délibérément fait obstruction » à l’acheminement de l’aide humanitaire. Elles ont prélevé des taxes sur ces fournitures de secours « imposant de facto un surcoût à la survie humaine ».

L’accusation implicite d’une nouvelle tentative de « génocide » de la part des provietnamiens est fausse. Pour autant, elle va prévaloir durant quelques années et permettra à Washington de refuser tout contact, y compris du point de vue humanitaire, avec le gouvernement provietnamien de Phnom Penh. Cette politique permet aux États-Unis d’alimenter, par le biais de la Thaïlande, un important vivier de recrutement militaire dans les camps frontaliers de réfugiés (Deron, 2009, p. 414).



15 décembre 79 : Khieu Samphan est officiellement nommé premier ministre du gouvernement du Kampuchéa Démocratique. Il succède officiellement à Pol Pot. Ce gouvernement s’est constitué dans le maquis dans la partie occidentale du Cambodge (Jennar, 1995, p. 170).



17 décembre 79 : Un congrès de la direction kr confirme Pol Pot aux postes de secrétaire général du parti, commandant en chef des forces armées et président de la Commission militaire supérieure. Il quitte par contre le poste de premier ministre. Khieu Samphan conserve le poste de « président du Kampuchéa démocratique » qu’il cumule désormais avec la fonction de premier ministre (Deron, 2009, p. 223 ; Peschoux, 1992, pp. 67-68). Son Sen demeure ministre de la Défense et Ta Mok devient chef d’état-major (Regaud, 1992, p. 79).



26 décembre 79 : Sihanouk n’exclue pas le recours à la lutte armée face à l’impasse de ses tentatives de négociation avec le Vietnam et le gouvernement provietnamien en place au Cambodge. Il s’explique dans une interview : « […] J’ai écrit trois lettres à Pham van Dong. Sans réponse. Je reste disponible… mais les Vietnamiens ne comprennent qu’une chose : le rapport de force. C’est pourquoi j’ai lancé un appel à mes partisans en faveur de la lutte armée. Je ne suis pas belliciste, loin de là. Mais il fallait le faire. Mon peuple ne comprenait plus, et face aux Vietnamiens – nouveaux Américains du Cambodge – c’est un gage  de crédibilité. Pour les autres aussi d’ailleurs. J’ai en mémoire une réflexion de l’ambassadeur américain en Chine, Léonard Woodcock, faite il y a quelques mois : « Les Khmers rouges eux se battent ! » Eh bien aujourd’hui mes partisans se battent aussi. » (cité in Regaud, 1992, p. 86)


​​​​31 décembre 79 : 250 000 réfugiés sont répartis dans 13 camps de part et d’autre de la frontière thaïlandaise. (Deron, 2009, p. 223).

​Fin 79 : Après avoir subi une véritable débâcle, les forces kr se reconstituent progressivement à la frontière thaïlandaise. Des troupes, venues de l’intérieur, après des mois de retraite, rejoignent progressivement la résistance. Certaines d’entre elles ne la rejoindront qu’en 1985-1986 (Peschoux, 1992, pp. 81-82).

💬 Commentaires

Chargement en cours...