Dernière modification le il y a 2 semaines
par Jean-François Jagielski

« Mai 1948 » : différence entre les versions

Aucun résumé des modifications
Aucun résumé des modifications
 
Ligne 4 : Ligne 4 :




'''3 mai''' 48 : Bollaert accepte l’idée d’un gouvernement provisoire (voir 26 mars), à condition qu’il soit reconnu par Bao Daï et que la déclaration signée par ce gouvernement soit contresignée par lui-même.
 
3 mai 48 : Bollaert accepte l’idée d’un gouvernement provisoire (voir 26 mars), à condition qu’il soit reconnu par Bao Daï et que la déclaration signée par ce gouvernement soit contresignée par lui-même.




Ligne 29 : Ligne 30 :


22 mai 48 : Malgré les réticences (voir 20 mai), le gouvernement français est mis devant un fait accompli. Selon le Journal d’Auriol : « Dans un télégramme, Bollaert dit que le général Xuan a constitué son gouvernement provisoire et lui a adressé une lettre dont il a, selon les instructions du gouvernement, pris acte purement et simplement. Dans sa lettre, Xuan déclare avoir pris acte de ce que la France ne s’opposait pas à l’unification du Vietnam, renonçait à l’administration directe et indirecte du Vietnam, et était prête à laisser à ce pays la libre disposition de sa souveraineté intime, sans la moindre ingérence de sa part. Il constitue un gouvernement, mais la forme définitive de l’État sera subordonnée à une libre consultation populaire. Il favorisera un climat propice au retour à la paix, afin de permettre, à la suite de la libre consultation populaire, l’inscription dans les faits d’une unité vietnamienne, et préparer la signature dans les délais envisagés d’un texte prononçant l’adhésion du Vietnam à l’Union française, selon les dispositions de l’article 61 de la Constitution française. » (Auriol 2, 2003, p. 182)
22 mai 48 : Malgré les réticences (voir 20 mai), le gouvernement français est mis devant un fait accompli. Selon le Journal d’Auriol : « Dans un télégramme, Bollaert dit que le général Xuan a constitué son gouvernement provisoire et lui a adressé une lettre dont il a, selon les instructions du gouvernement, pris acte purement et simplement. Dans sa lettre, Xuan déclare avoir pris acte de ce que la France ne s’opposait pas à l’unification du Vietnam, renonçait à l’administration directe et indirecte du Vietnam, et était prête à laisser à ce pays la libre disposition de sa souveraineté intime, sans la moindre ingérence de sa part. Il constitue un gouvernement, mais la forme définitive de l’État sera subordonnée à une libre consultation populaire. Il favorisera un climat propice au retour à la paix, afin de permettre, à la suite de la libre consultation populaire, l’inscription dans les faits d’une unité vietnamienne, et préparer la signature dans les délais envisagés d’un texte prononçant l’adhésion du Vietnam à l’Union française, selon les dispositions de l’article 61 de la Constitution française. » (Auriol 2, 2003, p. 182)


24 mai - 31 mai 48 : Nguyen Binh attaque dans le Sud les principales unités Binh Xuyen, faisant arrêter les « réactionnaires » et ceux qui travaillent comme « agents » pour le 2<sup>e</sup> Bureau français. Le Van Vien, chef des Binh Xuyen, rejoint le camp français et décide de se rallier à Bao Daï avec 500 de ses hommes. Toutefois, le reste de ses troupes passent au VM (Goscha, 2002, p. 53).
24 mai - 31 mai 48 : Nguyen Binh attaque dans le Sud les principales unités Binh Xuyen, faisant arrêter les « réactionnaires » et ceux qui travaillent comme « agents » pour le 2<sup>e</sup> Bureau français. Le Van Vien, chef des Binh Xuyen, rejoint le camp français et décide de se rallier à Bao Daï avec 500 de ses hommes. Toutefois, le reste de ses troupes passent au VM (Goscha, 2002, p. 53).




Ligne 43 : Ligne 49 :


A Paris, le gouvernement Schuman est agacé par les multiples atermoiements de Bao Daï. Faute de mieux, on prend simplement acte de cette situation.
A Paris, le gouvernement Schuman est agacé par les multiples atermoiements de Bao Daï. Faute de mieux, on prend simplement acte de cette situation.


​27 – 28 mai 48 : A l’occasion de la cérémonie marquant l’accession de Giap au grade de général d’armée (voir 21 janvier), HCM, le gouvernement du VM et le président de l’assemblée nationale trouvent là l’une des rares occasions  de se réunir. Selon les mémoires de Giap, « il fallait le point sur la physionomie générale de la guerre, évaluer le danger des entreprises de l’ennemi, surtout celles qui visaient à semer la dissension parmi nos rangs, et trouver les moyens d’y faire face. » Ils nomment également des fonctionnaires d’État appelé à remplacer ceux qui ont été mis en place par les Français. La séance ayant duré une partie de la nuit, la cérémonie en l’honneur de Giap doit être reportée au 28 (Giap 1, 2003, pp. 169-170).
​27 – 28 mai 48 : A l’occasion de la cérémonie marquant l’accession de Giap au grade de général d’armée (voir 21 janvier), HCM, le gouvernement du VM et le président de l’assemblée nationale trouvent là l’une des rares occasions  de se réunir. Selon les mémoires de Giap, « il fallait le point sur la physionomie générale de la guerre, évaluer le danger des entreprises de l’ennemi, surtout celles qui visaient à semer la dissension parmi nos rangs, et trouver les moyens d’y faire face. » Ils nomment également des fonctionnaires d’État appelé à remplacer ceux qui ont été mis en place par les Français. La séance ayant duré une partie de la nuit, la cérémonie en l’honneur de Giap doit être reportée au 28 (Giap 1, 2003, pp. 169-170).

Dernière version du 27 février 2026 à 12:03

Mai 48 : En Cochinchine, le général Boyer De Latour (commandant les T.F.I.S.) a remplacé le général Nyo, qui a quitté, selon Salan, ses fonctions « assez écœuré ». Il y généralise le système des tours de surveillance pour contrôler les axes principaux (Salan 2, 1971, p. 130). Elles ont été inaugurées en 1947 dans le secteur de Vinh Long au sud-ouest de Saigon. Distantes d’environ un kilomètre les unes des autres, elles sont censées s’appuyer, donner l’alerte en cas d’embuscade ou de sabotage, protéger les ponts, les routes, les canaux. Dans un premier temps, aidées par des patrouilles de blindés, elles seront relativement efficaces pour sécuriser les axes de communication (Gras, 1979, pp. 227-228). Bodin en dénombre 450 au Sud (Bodin, 2009, p. 151). Giap voit leur nombre augmenter de 500 à 2 000 (Giap 1, 2003, pp. 199-200). Statiques, tout comme les plus gros postes dotés d’artillerie, elles permettent de s’adapter tant bien que mal à cette guerre sans front où les nuits appartiennent cependant à un VM hyper mobile qui trouvera rapidement la parade à ce dispositif statique.

Le VM déclenche une campagne baptisée « Première attaque générale sur la R.C. 5 » (axe Hanoi-Haïphong). Menée uniquement par des troupes régulières sans coordination locale, Giap reconnaît dans ses mémoires que « […] cette campagne ne remporta pas le succès escompté. »  (Giap 1, 2003, p. 183)


3 mai 48 : Bollaert accepte l’idée d’un gouvernement provisoire (voir 26 mars), à condition qu’il soit reconnu par Bao Daï et que la déclaration signée par ce gouvernement soit contresignée par lui-même.


5 mai 48 : Un télégramme de Coste-Floret (F.O.M.) adressé à Bollaert l’informe de la nomination de Blaizot au poste de commandant en chef. Le faux prétexte du non-maintien de Salan à ce poste est dû à « sa trop faible ancienneté et en dépit de ses grands mérites »… On lui propose le commandement des Troupes françaises en Indochine du Nord (T.F.I.N.) qu’il refuse. Il n’est pas dupe et écrit dans ses mémoires : « Je sais bien que le gouvernement a peu apprécié ma liberté d’esprit, et que ma dépêche et mes notes mettant le point sur les insuffisances de la métropole dans ce qu’elle doit à l’Indochine ont été jugées excessives et même déplacées. » (Salan 2, 1971, p. 149)


15 mai 48 : Arrivée et prise de fonction du général Blaizot à Saigon au poste de commandant en chef. La passation de pouvoir avec Salan aura lieu le 10 juin. Alessandri le rejoint au poste d’adjoint. Il entrera en fonction  le 12 juin

Dans une lettre, Bao Daï donne son accord à la formation d’un gouvernement central dans lequel les Français devront faire confiance au général Xuan pour transférer l’administration. Les partis nationalistes s’inclinent, bon an mal an (Devillers, 2010, p. 228).


18 mai 48 : Sur demande de Blaizot en conseil de Défense, on axe la stratégie à venir pour la campagne d’automne sur le Tonkin (Viet Bac) plutôt que sur la Cochinchine (contre l’avis de Boyer De Latour, commandant des T.F.I.S.). Les objectifs ne pourront être que limités vu les carences en effectifs et les turbulences politiques en métropole. Les choix à accomplir, organisés en 4 phases, dépendront des moyens (Gras, 1979, pp. 244-245). Dans les faits, seules des opérations limitées seront engagées et ces plans seront ultérieurement complètement contrecarrés par l’arrivée de Pignon au poste de haut-commissaire (voir 19 février 1949).


19 mai 48 : Nguyen Binh (VM) invite le chef des Binh Xuyen, Bay Vien, dans la Plaine des Joncs « pour une conversation franche et amicale ». Les deux hommes se détestent, Il s’agit donc d’un guet-apens. Méfiant, Bay Vien est venu avec une forte escorte armée et parvient à s’échapper à l’embuscade. Ce dernier n’a donc plus pour unique ressource que de se tourner vers les Français (Gras, 1979, p. 227).


20 mai 48 : Les représentants nationalistes des 3 Ky se réunissent à Saigon et, Ngo Dinh Diem s’étant désisté, confient au général Nguyen Van Xuan (ancien premier ministre du gouvernement autonome de la Cochinchine et ancien général de brigade de l’armée française) le soin de former un « Gouvernement central provisoire du Vietnam ». Sa mission est de liquider le séparatisme cochinchinois et d’obtenir le transfert des services (finances, police, justice, etc…) concrétisant ainsi l’autonomie interne du Vietnam.

En France, cette décision ne fait pas l’unanimité : Schuman (président du Conseil) et Auriol (président de la République) la contestent en la jugeant inconstitutionnelle. Ce dernier note dans son Journal : « Je souligne à mon tour la gravité d’une éventuelle reconnaissance, qui impliquerait que le gouvernement vietnamien est regardé par nous comme un gouvernement étranger. À [m]on avis, le général Xuan devrait être invité à approuver solennellement les clauses du protocole de la baie d’Along ; le haut-commissaire lui ferait ensuite connaître qu’il considère son gouvernement comme habilité à discuter avec celui de la République, dans le cadre de l’Union française. » Coste-Floret (F.O.M.) approuve et entend rappeler Bollaert à l’ordre (Auriol 2, 2003, pp. 181-182). Tout cela restera finalement lettre-morte…

A Saïgon, Tran Van Huu succède au général Xuan comme chef du gouvernement du Sud-Vietnam.


22 mai 48 : Malgré les réticences (voir 20 mai), le gouvernement français est mis devant un fait accompli. Selon le Journal d’Auriol : « Dans un télégramme, Bollaert dit que le général Xuan a constitué son gouvernement provisoire et lui a adressé une lettre dont il a, selon les instructions du gouvernement, pris acte purement et simplement. Dans sa lettre, Xuan déclare avoir pris acte de ce que la France ne s’opposait pas à l’unification du Vietnam, renonçait à l’administration directe et indirecte du Vietnam, et était prête à laisser à ce pays la libre disposition de sa souveraineté intime, sans la moindre ingérence de sa part. Il constitue un gouvernement, mais la forme définitive de l’État sera subordonnée à une libre consultation populaire. Il favorisera un climat propice au retour à la paix, afin de permettre, à la suite de la libre consultation populaire, l’inscription dans les faits d’une unité vietnamienne, et préparer la signature dans les délais envisagés d’un texte prononçant l’adhésion du Vietnam à l’Union française, selon les dispositions de l’article 61 de la Constitution française. » (Auriol 2, 2003, p. 182)



24 mai - 31 mai 48 : Nguyen Binh attaque dans le Sud les principales unités Binh Xuyen, faisant arrêter les « réactionnaires » et ceux qui travaillent comme « agents » pour le 2e Bureau français. Le Van Vien, chef des Binh Xuyen, rejoint le camp français et décide de se rallier à Bao Daï avec 500 de ses hommes. Toutefois, le reste de ses troupes passent au VM (Goscha, 2002, p. 53).



26 mai 48 : Xuan présente à Hong-Kong son cabinet à Bao Daï de retour d’Europe (Genève). Ce dernier n’est décidé à négocier avec les Français que s’il était certain qu’ils accordent au Vietnam une totale indépendance. Bao Daï se refuse de rejoindre son pays tant que les Français n’actent pas par écrit cette promesse.

Selon le Journal d’Auriol, « Teitgen [ministre des Armées] parle de la relève en Indochine. Les soldats sont à bout de souffle ; les officiers et sous-officiers sont engagés pour trois ans ; il y a le drame des jeunes gens tués alors qu’ils étaient libéra[b]les depuis trois mois. Cette situation ne peut plus durer. Il y a 237 Européens tués par mois. La situation au mois de juillet sera la suivante : il manquera 850 officiers, 8 500 sous-officiers et hommes de troupe. Il faut donc récupérer 200 officiers sur la garde des prisonniers et garder les officiers de réserve pendant trois mois, promouvoir sous-lieutenants les aspirants, faire appel à des officiers dégagés des cadres s’offrant à être volontaires pour un an. Le statut des sous-officiers doit être amélioré, notamment en ce qui concerne les soldes et les primes d’engagement. » (Auriol 2, 2003, p. 186)


27 mai 48 : Xuan prononce à Hong Kong un serment d’allégeance à Bao Daï et prend le rôle de premier ministre d’un futur gouvernement. Il quitte donc la direction du « gouvernement provisoire de la République du Sud-Vietnam » (voir 1er octobre 1947) et prend celle du « Gouvernement central provisoire du Vietnam » qui réunit quant à lui les anciens protectorats de l'Annam et du Tonkin. Cet acte correspond à la création d’un second État vietnamien, créé de toute pièce par les Français… Il n’a ni soutien populaire (voir 5 juin), ni constitution, ni assemblée (même consultative), ni armée, ni budget. Le protocole secret du 7 décembre 1947, bien que signé par Xuan, le demeure.

A Paris, le gouvernement Schuman est agacé par les multiples atermoiements de Bao Daï. Faute de mieux, on prend simplement acte de cette situation.

​27 – 28 mai 48 : A l’occasion de la cérémonie marquant l’accession de Giap au grade de général d’armée (voir 21 janvier), HCM, le gouvernement du VM et le président de l’assemblée nationale trouvent là l’une des rares occasions  de se réunir. Selon les mémoires de Giap, « il fallait le point sur la physionomie générale de la guerre, évaluer le danger des entreprises de l’ennemi, surtout celles qui visaient à semer la dissension parmi nos rangs, et trouver les moyens d’y faire face. » Ils nomment également des fonctionnaires d’État appelé à remplacer ceux qui ont été mis en place par les Français. La séance ayant duré une partie de la nuit, la cérémonie en l’honneur de Giap doit être reportée au 28 (Giap 1, 2003, pp. 169-170).

💬 Commentaires

Chargement en cours...