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par Jean-François Jagielski

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3 mai 55 : Mort dans des conditions troubles et non éclaircies du général caodaïste dissident Trinh Minh The qui avait depuis peu rejoint l’A.N.V. (voir 13 février) et mène ce jour un assaut contre les Binh Xuyen au pont de Tan Thuan, à l’entrée du quartier de Cholon. Cette mort, qui ressemble à une exécution, peut être imputée ou aux Français (action du S.D.E.C.E. suite à la mort du général Chanson, exécuté par un de ses sbires de The) ou à Diem qui pourrait voir en lui un concurrent dangereux. C’est cette seconde hypothèse que soutient Burchett : « Plus tard, il [Diem] utilisa un général caodaïste, Tran Minh The (sic), pour les [les Caodaïstes] attaquer traitreusement dans la jungle où ils s’étaient réfugiés. Au cours du combat, les diémistes tuèrent The par-derrière, faisant ainsi d’une pierre deux coups. » (Burchett, 1965, p. 78) Selon Rignac, qui penche lui pour la première hypothèse, cette mort affecte fortement Diem (Rignac, 2018, p. 129).
 
Début mai 55 : HCM fait savoir à Édgar Faure que son pays est toujours attaché à établir de bonnes relations économiques avec la France. On a envisagé un temps la création d’une zone franche dans la région de Haïphong et l’établissement d’une ligne aérienne d’Air France entre Paris et Hanoï via Calcutta. Mais un point de blocage est apparu côté français : la non réciprocité de la présence d’une délégation n-v en France. C’est ce point qui va entraîner la décrépitude de la mission Sainteny au N-V et la dégradation des rapports culturels franco-nord-vietnamiens. Les N-V vont alors prendre leur revanche en multipliant les tracasseries administratives autour des établissements culturels et scientifiques ainsi qu’autour des derniers techniciens français travaillant dans les mines de Hongay (Chaffard, 1964, pp. 124-125).
 
 
 
 
1<sup>er</sup> mai 55 : Les colonels Tran Van Don (chef d’état-major général) et Duong Van Minh (commandant la place de Saïgon) se rallient à Diem qui leur promet en échange une promotion au grade de généraux et annonce également une promotion au général Le Van Ty qui s’était rallié dans la nuit. Le seul général resté fidèle à Bao Daï, Nguyen Van Vy, s’enfuit dans l’après-midi pour Dalat d’où il gagnera la France pour y occuper des fonctions militaires. Le colonel Cao Van Tri couvre cette fuite en le faisant accompagner par deux sections jusque l’aéroport. Après ce départ, la fine fleur des dirigeants militaires s-v, soutenue par les Américains, est donc ralliée à la cause de Diem (Chaffart, 1964, pp. 86-87).
 
Sur une initiative américaine, on assiste à une réunion d’un Congrès des forces populaires qui vient siéger à la présidence. Il regroupe des ultra-nationalistes. Ses principaux dirigeants sont les généraux Nguyen Than Phuong et le dissident caodaïste Thrinh Minh The qui s’était rallié en mars et dont les jours sont comptés (voir 3 mai). Selon Chaffard, on murmure aussi que des éléments vietminh dissimulés se sont infiltrés dans ce Comité. L’ambiance en son sein est révolutionnaire. On se réfère à Saint-Just, Robespierre tout en réclamant la destitution de Bao Daï et l’évacuation des troupes françaises. Ce qui ne va pas sans inquiéter l’ancien mandarin Diem… (Chaffard, 1964, pp. 87-88)
 
 
 
 
 
2 mai 55 : Une réunion entre Ély et Collins marque définitivement la fin du rapprochement franco-américain pour tenter de dénouer la crise. Selon un rapport français : « La séance se termine sans qu’aucune mesure ne soit arrêtée. L’impression générale qui se dégage de cet entretien est pénible. Il semble qu’il n’y ait plus de politique commune. » (cité in Cadeau 2, 2019, pp. 65-66) Les Français jettent définitivement l’éponge estimant que le S-V ne vaut pas le prix d’une querelle entre la France et les U.S.A.
 
 
 
3 mai 55 : Mort dans des conditions troubles et non éclaircies du général caodaïste dissident Trinh Minh The qui avait depuis peu rejoint l’A.N.V. (voir 13 février) et mène ce jour un assaut contre les Binh Xuyen au pont de Tan Thuan, à l’entrée du quartier de Cholon. Cette mort, qui ressemble à une exécution, peut être imputée ou aux Français (action du S.D.E.C.E. suite à la mort du général Chanson, exécuté par un de ses sbires de The) ou à Diem qui pourrait voir en lui un concurrent dangereux (voir 1<sup>er</sup> mai). C’est cette seconde hypothèse que soutient Burchett : « Plus tard, il [Diem] utilisa un général caodaïste, Tran Minh The (sic), pour les [les Caodaïstes] attaquer traitreusement dans la jungle où ils s’étaient réfugiés. Au cours du combat, les diémistes tuèrent The par-derrière, faisant ainsi d’une pierre deux coups. » (Burchett, 1965, p. 78) Selon Rignac, qui penche lui pour la première hypothèse, cette mort affecte fortement Diem (Rignac, 2018, p. 129). Quoiqu’il en soit, la dépouille de The aura cependant droit aux évanouissements de Diem et à des funérailles nationales (Chaffard, 1964, p. 89).
 
Le général Bay Vien (chef des Binh Xuyen) écrit à Ély du maquis où il s’est replié une lettre désabusée : « Nous sommes aujourd’hui dans une situation critique […] A diverses reprises vous nous avez fait connaître que nous avions votre appui. Jusqu’à présent cet appui ne s’est pas concrétisé d’une façon matérielle car c’est une question de vie ou de mort, non seulement pour notre personne, mais surtout pour celle de milliers de combattants et leurs familles qui nous ont suivis et qui sont fidèles à l’amitié française. Je viens en conséquence, mon général, vous demander de vouloir bien nous accorder l’appui matériel que nous avons demandé à plusieurs reprises mais sans succès […] Je tiens à vous répéter que nous travaillons pour la même cause et c’est une question de vie ou de mort, car Nguyen Dinh Diem est aidé par les Américains et j’estime légitime de faire appel à votre aide que nous espérons égale à celle faite par les Américains à Diem. » (cité ''in'' Cadeau 2, 2019, p. 67)


Malgré le refus de voir les Français se rendre à Dien Bien Phu pour y repérer les tombes des soldats qui y reposent (voir 29 avril), le général Brébisson demande à nouveau à ce qu’une équipe française puisse se rendre sur place. Les Français savent que cette demande est dérogatoire car n’entrant pas vraiment dans le protocole des accords. Le général Van Tien Dung accepte finalement mais en imposant des restrictions : un seul officier s’y rendra, uniquement pour y faire du repérage, sans procéder à la moindre exhumation (Cadeau, 2016, pp. 96-97). C'est le capitaine Belmont, un combattant de Dien Bien Phu, qui est retenu et non comme initialement prévu, le commandant Gauwin qui y avait été médecin.
Malgré le refus de voir les Français se rendre à Dien Bien Phu pour y repérer les tombes des soldats qui y reposent (voir 29 avril), le général Brébisson demande à nouveau à ce qu’une équipe française puisse se rendre sur place. Les Français savent que cette demande est dérogatoire car n’entrant pas vraiment dans le protocole des accords. Le général Van Tien Dung accepte finalement mais en imposant des restrictions : un seul officier s’y rendra, uniquement pour y faire du repérage, sans procéder à la moindre exhumation (Cadeau, 2016, pp. 96-97). C'est le capitaine Belmont, un combattant de Dien Bien Phu, qui est retenu et non comme initialement prévu, le commandant Gauwin qui y avait été médecin.
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5 mai 55 : Diem refuse d’aller rencontrer Bao Daï à Cannes. L’autorité de l’ex-empereur sur le gouvernement actuel du S-V est inexistante.
5 mai 55 : Diem refuse à nouveau d’aller rencontrer Bao Daï à Cannes. L’autorité de l’ex-empereur sur le gouvernement actuel du S-V est d’ailleurs inexistante. Il convoque à Saïgon des « états généraux » qui rassemblent un millier de notables venus du Sud et du Centre-Vietnam. Sujet d’inquiétude pour Diem, certains délégués venus de Cochinchine votent une motion de défiance et refusent de participer aux travaux de la future Assemblée. On les accuse d’avoir été manipulés par les Français (Chaffart, 1964, pp. 88-89).




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12 mai 55 : 3 600 réfugiés sont embarqués sur des bâtiments français et américains à Do Son, dernière tête de pont au nord du 17<sup>e</sup> parallèle qui sera définitivement évacuée le 15 (Cadeau, 2019, p. 534).
12 mai 55 : 3 600 réfugiés sont embarqués sur des bâtiments français et américains à Do Son, dernière tête de pont au nord du 17<sup>e</sup> parallèle qui sera définitivement évacuée le 15 (Cadeau, 2019, p. 534).
Aboutissement, bon an mal an et au prix de fortes dissentions sur la personnalité de Diem (voir 29 avril), d’un accord franco-américain sur la question du S-V. Les deux pays s’engagent à harmoniser leurs politiques en vue d’aider le gouvernement. Les Français, désespérant de parvenir à convaincre leur allié, se résignent à lui emboîter le pas mais sans le moindre entrain. Les Américains veulent un gouvernement de « techniciens », ce qui suppose la mise à l’écart de tous ceux qui ne seraient pas inconditionnellement fidèles à Diem (et donc francophiles) (Chaffard, 1964, pp. 90-91).
Au S-V, le climat est très tendu. A Saïgon, des dépôts de l’armée française sont attaqués. A Hué, le délégué français Herly est molesté. L’Association des Français d’Indochine présidée par William Bazé remet au général Collins une motion dénonçant les agissements de certains conseillers américains qui inspirent une campagne antifrançaise (Chaffard, 1964, p. 91).
13 mai 55 : Départ des dernières troupes françaises du port de Haïphong après l’écoulement des 300 jours prévus à cet effet. Les troupes sont passées en revue par Cogny puis sont embarquées dans l’après-midi pour Saïgon dans plusieurs navires (Chaffard, 1964, p. 130).




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20 mai 55 : Le général Navarre dépose devant la commission d’enquête et remet un volumineux dossier sur son commandement en Indochine pour contrer celui de Cogny (voir 12 mars). Cette audition de l’ancien commandant en chef sera la seule et unique. Les membres se borneront par la suite à lui demander des notes ou commentaires écrits (notamment lorsqu’il y aura désaccord avec ce que produit Cogny). Du côté des hommes politiques, seul Marc Jacquet (États associés) sera auditionné. Côté responsables militaires ne seront auditionnés ni les chefs d’état-major des Armées de terre ou de l’air ni Ély, ancien chef d’état-major des Forces armées, pourtant présent en France en juin 1955 mais qui ne se manifeste pas. Navarre fournira de sa propre initiative aux membres de la commission une « Note sur les répercussions militaires de la Conférence de Genève ». Jugée hors-sujet, elle ne sera pas prise en compte par la commission (cette note personnelle de Navarre est reproduite ''in extenso in'' Navarre, 1979, pp. 459-461 ; Cadeau, Cochet, Porte, 2021, p. 242).
20 mai 55 : Une dépêche de l’A.F.P. annonce que le général Ély a demandé son rappel en France, officiellement pour raison de santé. En fait, ses relations avec Diem et les Américains sont devenues détestables (Chaffard, 1964, p. 91). Ce départ sera effectif le 20 juin.
 
Le général Navarre dépose devant la commission d’enquête et remet un volumineux dossier sur son commandement en Indochine pour contrer celui de Cogny (voir 12 mars). Cette audition de l’ancien commandant en chef sera la seule et unique. Les membres se borneront par la suite à lui demander des notes ou commentaires écrits (notamment lorsqu’il y aura désaccord avec ce que produit Cogny). Du côté des hommes politiques, seul Marc Jacquet (États associés) sera auditionné. Côté responsables militaires ne seront auditionnés ni les chefs d’état-major des Armées de terre ou de l’air ni Ély, ancien chef d’état-major des Forces armées, pourtant présent en France en juin 1955 mais qui ne se manifeste pas. Navarre fournira de sa propre initiative aux membres de la commission une « Note sur les répercussions militaires de la Conférence de Genève ». Jugée hors-sujet, elle ne sera pas prise en compte par la commission (cette note personnelle de Navarre est reproduite ''in extenso in'' Navarre, 1979, pp. 459-461 ; Cadeau, Cochet, Porte, 2021, p. 242).
 




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Le général Ély  fait publier les ''Enseignements de la guerre d’Indochine''. Curieusement, selon Bodinier, « le premier fascicule, qui n’a pas été retrouvé dans les archives, concern[ait] le haut-commandement. » Seuls les 2 autres, sans doute plus anodins, seront publiés (voir bibliographie) (Bodinier, 1994, p. 71).
Le général Ély  fait publier les ''Enseignements de la guerre d’Indochine''. Curieusement, selon Bodinier, « le premier fascicule, qui n’a pas été retrouvé dans les archives, concern[ait] le haut-commandement. » Seuls les 2 autres, sans doute plus anodins, seront publiés (voir bibliographie) (Bodinier, 1994, p. 71).
Faisant écho à Bay Vien (voir 3 mai), le général Le Van Vien (Binh Xuyen) écrit au général Gambiez (commandant des forces françaises au S-V) : « Bientôt deux semaines vont passer. Nous n’avons pas eu de vos nouvelles, ni de liaison. Ce silence que j’espère momentané me donne non moins de soucis. » Il demande à rencontrer le chef de bataillon Savani (spécialiste éprouvé de la liaison avec les sectes) pour l’entretenir de « questions urgentes et d’importance capitale » (cité ''in'' Cadeau 2, 2019, p. 67) Or les Français ont définitivement lâché tous les mouvements confessionnels.

Dernière version du 19 juillet 2026 à 16:43

Mai 55 : A la demande de Bao Daï, l’ancien chef d’état-major de l’armée vietnamienne, Nguyen Van Hinh, se rend à la frontière cambodgienne pour soutenir avec des unités régulières les sectes qui s’opposent à Diem. L’affaire tourne court (Maigre, 1994, p. 37).


Début mai 55 : HCM fait savoir à Édgar Faure que son pays est toujours attaché à établir de bonnes relations économiques avec la France. On a envisagé un temps la création d’une zone franche dans la région de Haïphong et l’établissement d’une ligne aérienne d’Air France entre Paris et Hanoï via Calcutta. Mais un point de blocage est apparu côté français : la non réciprocité de la présence d’une délégation n-v en France. C’est ce point qui va entraîner la décrépitude de la mission Sainteny au N-V et la dégradation des rapports culturels franco-nord-vietnamiens. Les N-V vont alors prendre leur revanche en multipliant les tracasseries administratives autour des établissements culturels et scientifiques ainsi qu’autour des derniers techniciens français travaillant dans les mines de Hongay (Chaffard, 1964, pp. 124-125).



1er mai 55 : Les colonels Tran Van Don (chef d’état-major général) et Duong Van Minh (commandant la place de Saïgon) se rallient à Diem qui leur promet en échange une promotion au grade de généraux et annonce également une promotion au général Le Van Ty qui s’était rallié dans la nuit. Le seul général resté fidèle à Bao Daï, Nguyen Van Vy, s’enfuit dans l’après-midi pour Dalat d’où il gagnera la France pour y occuper des fonctions militaires. Le colonel Cao Van Tri couvre cette fuite en le faisant accompagner par deux sections jusque l’aéroport. Après ce départ, la fine fleur des dirigeants militaires s-v, soutenue par les Américains, est donc ralliée à la cause de Diem (Chaffart, 1964, pp. 86-87).

Sur une initiative américaine, on assiste à une réunion d’un Congrès des forces populaires qui vient siéger à la présidence. Il regroupe des ultra-nationalistes. Ses principaux dirigeants sont les généraux Nguyen Than Phuong et le dissident caodaïste Thrinh Minh The qui s’était rallié en mars et dont les jours sont comptés (voir 3 mai). Selon Chaffard, on murmure aussi que des éléments vietminh dissimulés se sont infiltrés dans ce Comité. L’ambiance en son sein est révolutionnaire. On se réfère à Saint-Just, Robespierre tout en réclamant la destitution de Bao Daï et l’évacuation des troupes françaises. Ce qui ne va pas sans inquiéter l’ancien mandarin Diem… (Chaffard, 1964, pp. 87-88)



2 mai 55 : Une réunion entre Ély et Collins marque définitivement la fin du rapprochement franco-américain pour tenter de dénouer la crise. Selon un rapport français : « La séance se termine sans qu’aucune mesure ne soit arrêtée. L’impression générale qui se dégage de cet entretien est pénible. Il semble qu’il n’y ait plus de politique commune. » (cité in Cadeau 2, 2019, pp. 65-66) Les Français jettent définitivement l’éponge estimant que le S-V ne vaut pas le prix d’une querelle entre la France et les U.S.A.


3 mai 55 : Mort dans des conditions troubles et non éclaircies du général caodaïste dissident Trinh Minh The qui avait depuis peu rejoint l’A.N.V. (voir 13 février) et mène ce jour un assaut contre les Binh Xuyen au pont de Tan Thuan, à l’entrée du quartier de Cholon. Cette mort, qui ressemble à une exécution, peut être imputée ou aux Français (action du S.D.E.C.E. suite à la mort du général Chanson, exécuté par un de ses sbires de The) ou à Diem qui pourrait voir en lui un concurrent dangereux (voir 1er mai). C’est cette seconde hypothèse que soutient Burchett : « Plus tard, il [Diem] utilisa un général caodaïste, Tran Minh The (sic), pour les [les Caodaïstes] attaquer traitreusement dans la jungle où ils s’étaient réfugiés. Au cours du combat, les diémistes tuèrent The par-derrière, faisant ainsi d’une pierre deux coups. » (Burchett, 1965, p. 78) Selon Rignac, qui penche lui pour la première hypothèse, cette mort affecte fortement Diem (Rignac, 2018, p. 129). Quoiqu’il en soit, la dépouille de The aura cependant droit aux évanouissements de Diem et à des funérailles nationales (Chaffard, 1964, p. 89).

Le général Bay Vien (chef des Binh Xuyen) écrit à Ély du maquis où il s’est replié une lettre désabusée : « Nous sommes aujourd’hui dans une situation critique […] A diverses reprises vous nous avez fait connaître que nous avions votre appui. Jusqu’à présent cet appui ne s’est pas concrétisé d’une façon matérielle car c’est une question de vie ou de mort, non seulement pour notre personne, mais surtout pour celle de milliers de combattants et leurs familles qui nous ont suivis et qui sont fidèles à l’amitié française. Je viens en conséquence, mon général, vous demander de vouloir bien nous accorder l’appui matériel que nous avons demandé à plusieurs reprises mais sans succès […] Je tiens à vous répéter que nous travaillons pour la même cause et c’est une question de vie ou de mort, car Nguyen Dinh Diem est aidé par les Américains et j’estime légitime de faire appel à votre aide que nous espérons égale à celle faite par les Américains à Diem. » (cité in Cadeau 2, 2019, p. 67)

Malgré le refus de voir les Français se rendre à Dien Bien Phu pour y repérer les tombes des soldats qui y reposent (voir 29 avril), le général Brébisson demande à nouveau à ce qu’une équipe française puisse se rendre sur place. Les Français savent que cette demande est dérogatoire car n’entrant pas vraiment dans le protocole des accords. Le général Van Tien Dung accepte finalement mais en imposant des restrictions : un seul officier s’y rendra, uniquement pour y faire du repérage, sans procéder à la moindre exhumation (Cadeau, 2016, pp. 96-97). C'est le capitaine Belmont, un combattant de Dien Bien Phu, qui est retenu et non comme initialement prévu, le commandant Gauwin qui y avait été médecin.


4 mai 55 : Les troupes françaises évacuent définitivement Haïphong.


5 mai 55 : Diem refuse à nouveau d’aller rencontrer Bao Daï à Cannes. L’autorité de l’ex-empereur sur le gouvernement actuel du S-V est d’ailleurs inexistante. Il convoque à Saïgon des « états généraux » qui rassemblent un millier de notables venus du Sud et du Centre-Vietnam. Sujet d’inquiétude pour Diem, certains délégués venus de Cochinchine votent une motion de défiance et refusent de participer aux travaux de la future Assemblée. On les accuse d’avoir été manipulés par les Français (Chaffart, 1964, pp. 88-89).


7 mai 55 : Un an après la victoire de Dien Bien Phu, établissement par la R.D.V.N. de la « Zone autonome Thaï-Méo » dans tout le N-V (ouest du Fleuve Rouge et au nord du « saillant » laotien de Sammuea comprenant 500 000 habitants de 17 nationalités). Un texte n-v précise que cette zone n’est pas autonome de la R.D.V.N. mais que « néanmoins, contrairement à l’administration des autres zones administratives, les divers services de la zone autonome sont recrutés parmi les cadres locaux. » Le VM sait, pour séduire, s’adapter aux réalités locales, notamment lorsqu’elles ne lui sont pas forcément favorables (Fall, 1967, p. 176 ; carte in Fall, 1960, p. 63).


7 - 11 mai 55 : Edgard Faure (président du Conseil), Harold Mac Millan (ministre britannique des Affaires étrangères) et John Foster Dulles (secrétaire d’État américain) se réunissent à Paris. Face à l’intransigeance de l’Américain, travaillé par Lansdale et la C.I.A. dont le directeur n’est autre qu’Allen Dulles, le Français et le Britannique estiment du bout des lèvres que le maintien de Diem est un mal nécessaire. C’est aussi l’avis du premier ministre britannique, Anthony Eden, qui estime que Diem est discrédité. Pour eux, le statut de chef de l’État acquis par Bao Daï doit être maintenu. Les élections qui doivent être tenues pour juillet 1956 devront éclaircir la situation confuse entre Bao Daï et son premier ministre. On estime que pour l'instant le Corps expéditionnaire français doit être maintenu. Ces décisions vont à l’encontre de ce qu’Ély pense car les rapports franco-américains l’ont déçu. Il songe donc de plus en plus au départ (Ély, 1964, p. 316). Faure, qui a besoin des troupes du C.E.F.E.O. pour mener des opérations en Algérie, s’aligne sur la position américaine.


10 mai 55 : Le Sud-Vietnam demande officiellement aux États-Unis de l'aide pour l'instruction des forces armées. Les Américains s’efforcent de modérer diplomatiquement les exigences de Diem en faveur d’un retrait rapide des Français, sans beaucoup de succès (Journoud, 2011, p. 71).


12 mai 55 : 3 600 réfugiés sont embarqués sur des bâtiments français et américains à Do Son, dernière tête de pont au nord du 17e parallèle qui sera définitivement évacuée le 15 (Cadeau, 2019, p. 534).

Aboutissement, bon an mal an et au prix de fortes dissentions sur la personnalité de Diem (voir 29 avril), d’un accord franco-américain sur la question du S-V. Les deux pays s’engagent à harmoniser leurs politiques en vue d’aider le gouvernement. Les Français, désespérant de parvenir à convaincre leur allié, se résignent à lui emboîter le pas mais sans le moindre entrain. Les Américains veulent un gouvernement de « techniciens », ce qui suppose la mise à l’écart de tous ceux qui ne seraient pas inconditionnellement fidèles à Diem (et donc francophiles) (Chaffard, 1964, pp. 90-91).

Au S-V, le climat est très tendu. A Saïgon, des dépôts de l’armée française sont attaqués. A Hué, le délégué français Herly est molesté. L’Association des Français d’Indochine présidée par William Bazé remet au général Collins une motion dénonçant les agissements de certains conseillers américains qui inspirent une campagne antifrançaise (Chaffard, 1964, p. 91).


13 mai 55 : Départ des dernières troupes françaises du port de Haïphong après l’écoulement des 300 jours prévus à cet effet. Les troupes sont passées en revue par Cogny puis sont embarquées dans l’après-midi pour Saïgon dans plusieurs navires (Chaffard, 1964, p. 130).



15 mai 55 : 300 jours après le cessez-le-feu, les derniers soldats français quittent Haïphong et plus généralement le Tonkin (Cadeau, 2010, p. 7). Ce départ est rendu difficile par le mouvement du million de Vietnamiens qui partent pour le Sud. Selon Ély, « l’exécution des opérations par Cogny fut remarquable. » Les relations entre les deux hommes sont excellentes et Ély se félicite de l’avoir conservé comme adjoint au Tonkin (Ély, 1964, p. 217).

Dans son ordre du jour n°4, Ély écrit : « Le dernier soldat français a quitté ce soir le Nord-Vietnam. L’épopée qui conduisit nos drapeaux  sur le Fleuve Rouge et aux frontières de la Chine s’achève […] Depuis trois cents jours, les forces du corps expéditionnaire […] ont tenu la parole de notre pays comme elle doit l’être, avec discipline, avec abnégation, avec fierté, avec une loyauté totale, dans un esprit d’honneur intact. Pat leur maintien à Haïphong, elles ont permis à des centaines de milliers d’hommes de choisir librement leur destin. Elles partent aujourd’hui la tête haute, leur tâche menée à bien. » (cité in Cadeau, 2019, p. 534).


15 - 17 mai 55 : 6 accords et 10 conventions de compétences techniques et juridiques sont signés avec la France en vue de l’indépendance du S-V (Toinet, 1998, p. 208).


16 mai 55 : Les États-Unis signent un accord militaire avec le Cambodge conforme aux stipulations de l’accord de Genève qui autorisait des aides « pour la défense efficace de son territoire ». Une ambassade américaine a été installée à Phnom Penh, munie d’un service culturel et social privé, l’Asian Foundation, financée par la C.I.A. Des pressions sont exercées par le bais du S-V et de la Thaïlande pour que la Cambodge abandonne sa position neutraliste Elles se manifestent par des incidents de frontière (affaire du temple de Preah Vihear revendiqué par la Thaïlande), des encouragements à la dissidence, des complots et le harcèlement de Sihanouk par l’ambassadeur américain, McClintock (Cambacérès, 2013, pp. 129-130).

Achèvement des opérations de transfert du réduit d’Haïphong comprenant les mines et houillères de Campha et Hongay (opération Saumon). Cette opération avait démarré le 18 avril (Cadeau, 2019, p. 533).


17 mai 55 : 8 accords de transfert avec la France terminent et concrétisent l’indépendance totale du S-V : financière, juridique, douanière et monétaire (Toinet, 1998, p. 208).


18 mai 55 : Date butoir pour la migration des populations entre le Nord et le S-V suite aux accords de Genève.

A cette date, selon le directeur de la Commission pour les réfugiés de Saïgon, 928 152 personnes ont migré vers le Sud dont 794 876 catholiques. Les sources catholiques donnent des chiffres moins importants :  860 206 réfugiés au total dont 676 384 catholiques. A cela s’ajoutent environ 124 000 soldats de l’armée baodaïste (et leurs familles) qui n’ont pas été comptabilisés dans ces chiffres. Il demeurera toutefois difficile de mesurer la différence entre ces estimations car les archives de cette commission seront détruites peu de temps après, lors des combats entre les forces gouvernementales s-v et les Binh Xuyen (Gheddo, 1970, p. 99, note 27).


19 mai 55 : Pour l’anniversaire d’HCM, le général Nguyen Van Vinh de l’état-major d’Hanoi donne des instructions au colonel Vo Ban pour ouvrir une voie vers le Sud afin d’y acheminer du matériel et des hommes pour aller y combattre. C’est une toute première ébauche de la piste HCM (Ho Chi Minh trail) même si le concept de celle-ci est bien antérieur, apparaissant dès 1949-1950 juste après la victoire des communistes en Chine, notamment dans la pensée de Nguyen Binh (Spencer, Tucker, 2000, pp. 175-177 ; Goscha, 2005, p. 64).


20 mai 55 : Une dépêche de l’A.F.P. annonce que le général Ély a demandé son rappel en France, officiellement pour raison de santé. En fait, ses relations avec Diem et les Américains sont devenues détestables (Chaffard, 1964, p. 91). Ce départ sera effectif le 20 juin.

Le général Navarre dépose devant la commission d’enquête et remet un volumineux dossier sur son commandement en Indochine pour contrer celui de Cogny (voir 12 mars). Cette audition de l’ancien commandant en chef sera la seule et unique. Les membres se borneront par la suite à lui demander des notes ou commentaires écrits (notamment lorsqu’il y aura désaccord avec ce que produit Cogny). Du côté des hommes politiques, seul Marc Jacquet (États associés) sera auditionné. Côté responsables militaires ne seront auditionnés ni les chefs d’état-major des Armées de terre ou de l’air ni Ély, ancien chef d’état-major des Forces armées, pourtant présent en France en juin 1955 mais qui ne se manifeste pas. Navarre fournira de sa propre initiative aux membres de la commission une « Note sur les répercussions militaires de la Conférence de Genève ». Jugée hors-sujet, elle ne sera pas prise en compte par la commission (cette note personnelle de Navarre est reproduite in extenso in Navarre, 1979, pp. 459-461 ; Cadeau, Cochet, Porte, 2021, p. 242).


28 mai 55 : L’ambassadeur à Saigon Frederick Reinhardt présente ses lettres d’accréditation. Il demeurera en poste jusqu’au 10 février 1957.

Ély rencontre Diem et lui propose de demander à Bao Daï d’arbitrer la situation de conflit avec les sectes. Refus de l’intéressé. Diem refuse également de donner les pleins pouvoirs à Ély sur l’armée et la police. Il relève de ses fonctions Lai Van San, chef de la Sécurité nationale et homme de main de Bay Vien (leader des Binh Xuyen) en faisant venir un bataillon de parachutistes à Saigon. Celui-ci se rebelle et met le feu aux poudres (Nguyen Phu Duc, 1996, p. 57).


​31 mai 55 : Un arrêté du ministre de la Défense autorise finalement la mise en place de la commission d’enquête sur le commandement de Navarre réclamée de longue date par lui. Il est publié dans la presse. Il doit « émettre un avis […] sur la conduite des opérations ayant abouti à la bataille de Dien Bien Phu […] et « déterminer les responsabilités aux divers échelons. » Il n’est donc en aucun cas envisagé d’aborder la question du rôle des politiques dans l’échec, au grand dam de l’intéressé (Navarre, 1956, p. III, note 1).

Le général Ély  fait publier les Enseignements de la guerre d’Indochine. Curieusement, selon Bodinier, « le premier fascicule, qui n’a pas été retrouvé dans les archives, concern[ait] le haut-commandement. » Seuls les 2 autres, sans doute plus anodins, seront publiés (voir bibliographie) (Bodinier, 1994, p. 71).

Faisant écho à Bay Vien (voir 3 mai), le général Le Van Vien (Binh Xuyen) écrit au général Gambiez (commandant des forces françaises au S-V) : « Bientôt deux semaines vont passer. Nous n’avons pas eu de vos nouvelles, ni de liaison. Ce silence que j’espère momentané me donne non moins de soucis. » Il demande à rencontrer le chef de bataillon Savani (spécialiste éprouvé de la liaison avec les sectes) pour l’entretenir de « questions urgentes et d’importance capitale » (cité in Cadeau 2, 2019, p. 67) Or les Français ont définitivement lâché tous les mouvements confessionnels.

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