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par Jean-François Jagielski

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Les Français occupent Cho Don (Giap 1, 2003, p. 134).
Les Français occupent Cho Don (Giap 1, 2003, p. 134).
Les relations entre Bidault (M.R.P.) et Bollaert s’étant dégradées dès avant le discours d’Hadong (voir 27 septembre), Philippe Baudet, directeur du secteur Asie au ministère des Affaires étrangères, adresse une note à son ministre dans laquelle il évoque les « embarras du haut-commissariat devant ces notables vietnamiens qui ont marqué publiquement qu’ils tenaient les propositions françaises pour totalement insuffisantes, et qui ont même parlé d’ultimatum. » La situation au Vietnam est au point mort et on en tire des griefs contre la politique du haut-commissaire : les gouvernements provisoires au Tonkin et en Annam n’ont pas vu le jour ; en Cochinchine, le général Xuan s’est « rapproché récemment du Vietminh pour des raisons d’opportunisme ». (Valette, 1994, p. 163)




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30 octobre 47 : '''Prise de Lao Kaï'''. L’effet de surprise a joué : faibles pertes françaises, elles sont beaucoup plus lourdes du côté du VM (8 000 tués, 1 500 prisonniers).
 
​30 octobre 47 : '''Prise de Lao Kaï'''. L’effet de surprise a joué : faibles pertes françaises, elles sont beaucoup plus lourdes du côté du VM (8 000 tués, 1 500 prisonniers).


Sur la R.C.4, le VM (régiment 28) opère l’attaque d’un convoi français entre Dong Khe et That Khe au niveau du col de Bong Lo (Pont Bascou). Selon Giap, 27 des 30 camions sont détruits  occasionnant la mort de 146 soldats et une centaine de prisonniers (ce qui paraît beaucoup si on compare ces chiffres à ceux annoncés par les Français (20 tués) mais qui semblent de leur côté nettement sous-estimés, voir 20 décembre ; Dang Van Viet, 2004, p. 113, note 1). Après cette attaque, Giap écrit : « En effet, pour l’ennemi, la R.C. 4 était devenue la route du sang. » (Giap 1, 2003, pp. 149-151). Elle le demeurera longtemps.
Sur la R.C.4, le VM (régiment 28) opère l’attaque d’un convoi français entre Dong Khe et That Khe au niveau du col de Bong Lo (Pont Bascou). Selon Giap, 27 des 30 camions sont détruits  occasionnant la mort de 146 soldats et une centaine de prisonniers (ce qui paraît beaucoup si on compare ces chiffres à ceux annoncés par les Français (20 tués) mais qui semblent de leur côté nettement sous-estimés, voir 20 décembre ; Dang Van Viet, 2004, p. 113, note 1). Après cette attaque, Giap écrit : « En effet, pour l’ennemi, la R.C. 4 était devenue la route du sang. » (Giap 1, 2003, pp. 149-151). Elle le demeurera longtemps.


​31 octobre 47 : Pour le 25<sup>e</sup> anniversaire de Sihanouk, le commissaire de la République Loubet doit venir au palais royal pour y présenter ses vœux et prononcer une allocution diplomatique. Le texte qui a été transmis au roi suggère que les progrès seraient compromis au Cambodge et que l’anarchie y fleurirait si la France lui accordait l’indépendance avant qu’il ne dispose en nombre suffisant de cadres civils et militaires compétents. Sihanouk lui répond sèchement en disant au représentant français qu’il existe dans le monde bien des pays indépendants où l’administration est bien plus défaillante qu’au Cambodge. Selon Cambacérès, '''« Sihanouk dira plus tard que, ce jour-là, il avait senti s’opérer en lui une sorte de mutation, et que ce fut un tournant dans sa conception de chef de l’État. »''' (Cambacérès, 2013, pp. 65-66)
​31 octobre 47 : Pour le 25<sup>e</sup> anniversaire de Sihanouk, le commissaire de la République Loubet doit venir au palais royal pour y présenter ses vœux et prononcer une allocution diplomatique. Le texte qui a été transmis au roi suggère que les progrès seraient compromis au Cambodge et que l’anarchie y fleurirait si la France lui accordait l’indépendance avant qu’il ne dispose en nombre suffisant de cadres civils et militaires compétents. Sihanouk lui répond sèchement en disant au représentant français qu’il existe dans le monde bien des pays indépendants où l’administration est bien plus défaillante qu’au Cambodge. Selon Cambacérès, '''« Sihanouk dira plus tard que, ce jour-là, il avait senti s’opérer en lui une sorte de mutation, et que ce fut un tournant dans sa conception de chef de l’État. »''' (Cambacérès, 2013, pp. 65-66)

Dernière version du 27 février 2026 à 11:43

Octobre 47 : Bollaert, sur les instances du gouvernement, donne son accord pour une diminution des effectifs sous réserve d’une évolution favorable des circonstances politiques, ce qui est loin d’être le cas et ne le deviendra d’ailleurs jamais. Le plan de réduction doit ramener les forces françaises à 90 000 hommes, ce qui mécontente Valluy qui en veut toujours 115 000 (voir 10 février 1948).


1er octobre 47 : Le général Nguyen Van Xuan est nommé chef du gouvernement de la République autonome de Cochinchine en remplacement du docteur Hoach. Il obtient 21 voix contre 14 attribuées à Tran Van Ty (ex-vice-président du gouvernement) et une abstention. La France ne pouvant désormais soutenir un séparatisme cochinchinois, ce gouvernement est nommé « gouvernement provisoire de la République du Sud-Vietnam ». Pour la première fois, la Cochinchine devient officiellement une « République du Sud-Vietnam ». Ce gouvernement sera en effet très « provisoire », n’allant pas au-delà du 27 mai 1948. Poussé par les Français, Xuan se voit comme le futur président d’un Vietnam réunifié et se croit capable de réunir toutes les tendances, VM compris. Selon Gras, « […] il ne mont[rer]a guère que maladresse et duplicité », feignant d’être un ultranationaliste et se mettant ainsi les vrais nationalistes à dos (Gras, 1979, p. 198). Xuan, ayant une formation militaire française et étant marié à une Française, est bien vu d’eux. Il forme un gouvernement qui ne comprend que des représentants de la bourgeoisie cochinchinoise, qui plus est, divisée. Ayant vécu jusqu’alors en France, il maîtrise mal la langue vietnamienne.


2 octobre 47 : Suite à leur entrevue du 30 septembre, Valluy remet à Ramadier une « note sur la campagne d’automne en Indochine » (futures opérations Léa et Lison, voir 7 octobre). Elle vise à « porter un coup sinon décisif tout au moins sérieux à la résistance vietminh » par la reconquête du delta du Fleuve Rouge. La campagne vise donc à la réduction de la résistance armée mais sans espoir d’anéantissement total « par nos propres moyens » qui sont jugés trop faibles. Cette campagne vise également à « susciter l’établissement de quelque sorte de guerre civile entre les Vietnamiens » en favorisant « les dissensions internes ». Pour autant, Valluy déplore la dispersion, le manque de cohésion des nationalistes et de leurs troupes contre le VM : monarchistes, républicains, caodaïstes, catholiques. Il préconise de négocier avec « Bao Daï et ses partenaires » mais émet des doutes sur leur capacité à s’opposer véritablement au VM du fait de leurs profondes divisions, de leur impréparation voire de leur amateurisme (Devillers, 2010, pp. 204-205).


4 octobre 47 : Giap transmet aux unités les instructions suite aux décisions prises les 27 et 29 septembre (Giap 1, 2003, p. 127).


5 octobre 47 : Bao Daï, craignant l’emprise de Xuan, demande à Bollaert de remplacer le nouveau gouvernement cochinchinois (voir 1er octobre) par un simple comité administratif provisoire (Gras, 1979, p. 198).


7 octobre 47 : Ramadier donne son feu vert à Valluy pour lancer des offensives au Tonkin (Haute et Moyenne Région) contre le VM afin de verrouiller la frontière chinoise et trouver un autre pendant de la « solution Bao Daï » (voir 10 février). L’objectif est « la capture du PC Viet Minh » (avec capture d’HCM) et de couper « les voies chinoises du ravitaillement en armes » (Valette, 2010, pp. 63-64).

Valluy n’a pas obtenu les renforts nécessaires pour opérer une vaste opération de bouclage. Il ne peut employer que 32 000 hommes alors qu’il avait estimé ses besoins à 50 000. Dès le mois d’août, Salan avait déploré cette carence d’effectifs (voir 2 août) (Valette, 1994, pp. 108-109).

Déclenchement de l’offensive française dite « d’automne » (opération Léa) sous la direction de Salan (sur sa conception, voir 26 juillet). Les opérations se termineront début 1948. Selon un document vietnamien en date du 2 décembre saisi lors de l’opération : « L’offensive d’automne, préparée depuis un mois par l’ennemi, a commencé le 7-10-47, exactement comme nous l’avons deviné […] » (cité in Bodinier, 1949, p. 344). Il n’y a donc eu aucun effet de surprise.

Pour les opérations Léa et Lison, les Français disposent d’un plus de 12 000 hommes (et non 20 000 comme prévu initialement), un effectif cependant exceptionnel pour un engagement durant la guerre d’Indochine (Cadeau, 2022, p. 61).  C’est une opération en tenaille qui vise à encercler les bases arrière du Viet Bac qui englobent 5 provinces : Cao Bang, Bac Kan, Langson, Tuyen Quang et Thai Nguyen (voir carte n° 7 in Teulières, 1979, p. 47).

Une colonne terrestre disposant de moyens fluviaux (opération Léa, 2 200 hommes du groupement Commual) partant d’Hanoï emprunte la R.C. 2 à l’ouest et longe la Rivière Claire. Le soutien aérien et naval demeure cependant modeste : 12 chasseurs, 20 avions de transport, 3 Catalina de la Marine et 18 Landing Craft Mechanised  (L.C.M.).

Une seconde opération, Lison, plus importante (7 000 hommes, 62 blindés légers du groupement, 620 véhicules, sous le commandement de Beaufre) vise l’est en empruntant la R.C. 4 avec l’occupation de la région de Langson puis celle de Cao Bang. Cette ville est reprise le 12 (Gras, 1979, pp. 192-193). Les deux colonnes visent le sud du réduit vietminh, vers le point de confluence du Fleuve Rouge et de la Rivière Claire (carte sin Salan 2, 1971, p. 102 ; Giap 1, 2003, p. 137).

Bien que bénéficiant d’un appui aéroporté (groupement Sauvagnac) en deux vagues, 950 hommes largués en 3 rotations vers Bac Kan, au centre, et 200 parachutistes sur Cho Moi, cette offensive ne donnera que des résultats militaires mitigés : à l’ouest, le VM parvient à déménager sans délai les organes gouvernementaux de Tuyen Quang avant sa reprise, le 12, et à élaborer de justesse un plan de fuite (Giap 1, 2003, pp. 131-132 ; Gras, 1979, pp. 190-192). Le poste émetteur KOZ 1 est détruit par le VM avant l’arrivée des Français, le poste de « La Voix du Vietnam » situé près de Bac Kan a été démonté préventivement et demeurera introuvable (Vallette, 2010, p. 70).

Le 7, à 11 h 10, Salan, à bord d’un avion amphibie Catalina de l’Aéronavale, reçoit des messages radio l’informant que l’opération qu’il a lancée pour capturer Ho Chi Minh à Bac Kan a réussi. Le but de l’opération était de faire prisonnier de hauts dirigeants du VM. Sans vraiment chercher la véracité de cette information conformément à la procédure réglementaire, Salan la transmet à Émile Bollaert. Celui-ci, sceptique, lui ordonne de la garder secrète pour l’instant (Chaffard, 1969, p. 137, note 1).


8 octobre 47 : L’information du 7 donnée par Salan à Bollaert s’avère n’avoir aucun fondement. Seul un ministre sera capturé et abattu après une tentative de fuite (Valette, 2010, p. 70).

Les Français occupent Cho Don (Giap 1, 2003, p. 134).

Les relations entre Bidault (M.R.P.) et Bollaert s’étant dégradées dès avant le discours d’Hadong (voir 27 septembre), Philippe Baudet, directeur du secteur Asie au ministère des Affaires étrangères, adresse une note à son ministre dans laquelle il évoque les « embarras du haut-commissariat devant ces notables vietnamiens qui ont marqué publiquement qu’ils tenaient les propositions françaises pour totalement insuffisantes, et qui ont même parlé d’ultimatum. » La situation au Vietnam est au point mort et on en tire des griefs contre la politique du haut-commissaire : les gouvernements provisoires au Tonkin et en Annam n’ont pas vu le jour ; en Cochinchine, le général Xuan s’est « rapproché récemment du Vietminh pour des raisons d’opportunisme ». (Valette, 1994, p. 163)


9 octobre 47 : Un bataillon de parachutistes français (1er Régiment de chasseurs parachutistes) est largué dans la région de Cao Bang. Il reprend la ville dans l’après-midi. Une colonne française  reprend That Khe sur la R.C. 4 et progresse vers Cao Bang (Giap 1, 2003, p. 135).

Un Junker-52 transportant des officiers d’état-major est abattu. Dans les débris de l’appareil, le VM récupère, selon Giap, « le plan d’attaque contre le Viet Bac » accompagné d’une carte. Ces documents sont immédiatement transmis à l’état-major. Ils révèlent aux Vietnamiens que les opérations françaises ont pris du retard et que l’étirement des lignes ne paermettra pas à cerner l’ensemble du Viet Bac. Ces troupes pourront donc être facilement harcelées par des opérations de guérilla mobile (Giap 1, 2003, pp. 138-140).


13 octobre 47 : Déclaration des autorités françaises de Saigon à un correspondant de l’agence Reuter sur le sens politique des opérations militaires en cours : « [Elles] ont pour but de faciliter les négociations avec Bao Daï. HCM se trouve sur le point d’être cerné et il devra bientôt s’enfuir s’il veut sauver sa vie […] Nous avons le ferme espoir de voir les masses populaires, qui souffrent depuis longtemps, se rallier autour d’un nouveau gouvernement présidé par Bao Daï. »


14 octobre 47 : Lors d’une réunion du Bureau politique du VM en présence d’HCM et Giap, due à la possession des plans d’attaque français (voir 9 octobre), la stratégie est revue et corrigée lors d’une séance d’autocritique. Giap, sachant que les Français ont engagé toutes leurs forces, estime que « notre erreur [est] de ne pas avoir su estimer [les] intentions et [la] méthode de combat [de l’ennemi]. La guérilla [est] insuffisamment développée dans de nombreuses localités. Nos troupes n’[ont] pas combattu comme il fallait. Ni le sabotage des voies de communication, ni la destruction des maisons en dur dans les centres urbains de la zone du Viet Bac n’[ont] été complètement réalisés. » Des mesures sont prises pour y remédier au moyen de « compagnies autonomes – bataillons mobiles » (Giap 1, 2003, pp. 139-140).


15 octobre 47 : Les troupes du VM se ressaisissent et opposent une résistance aux Français le long de la Rivière Claire en attaquant les troupes françaises placées à bord d’une flottille de L.C.M. dans le secteur de Cho Moi. Une opération de dégagement s’avèrera nécessaire (Gras, 1979, pp. 194-195).

Appel d’HCM aux troupes et à la population du Viet Bac : « L’ennemi réunit ses troupes pour couvrir le Viet Bac à la manière d’un parapluie. Il nous attaque de partout à la fois du haut en bas et de bas en haut, pour capturer les dirigeants de la résistance nationale. La puissance ennemie se répartit sur les deux mâchoires d’une tenaille. Si celle-ci sont brisées, alors le parapluie sera déchiré et l’offensive vouée à l’échec. » (cité in Giap 1, 2003, p. 143)


16 octobre 47 : Giap donne des instructions au P.C. de la 1ère zone : tous les régiments de troupes régulières ne conservent que leur P.C. et un bataillon mobile pour chaque régiment. Le reste est restructuré en compagnies autonomes réparties dans les districts en vue de leur éparpillement. Ces opérations doivent avoir été effectuées avant le 16 novembre (Giap 1, 2003, p. 143). Les Français doivent désormais faire face à l’une des tactiques du VM, la dispersion.


17 octobre 47 : Un rapport optimiste de Salan au commandant en chef du C.E.F.E.O. précise : « La principale route de ravitaillement reliant le Vietminh à la Chine est coupée, la dislocation du réduit national vietminh sérieusement entamée dans sa partie nord-est, à Bac Kan, Cho Don […] Il ne fait nul doute que les résultats du coup déjà porté brutalement et directement […] aient eu une répercussion considérable sur le potentiel de l’adversaire et sur le moral. » (cité in Giap 1, 2003, p. 143-144)

Giap donne des instructions au 74e régiment situé dans la région de Cao Bang et au 11e dans la région de Langson pour tendre des embuscades le long de la R.C. 4 : « Il nous fallait transformer la R.C. 4 en une route mortelle […] » À l’ouest, il donne l’ordre au P.C. de la Xe région d’amener de l’artillerie le long de la rivière Lo (Rivière Claire) pour tendre des embuscades aux embarcations françaises. La qualité de certains canons laisse cependant à désirer mais la voie d’approvisionnement est cependant coupée (Giap 1, 2003, pp. 146-147).


20 octobre 47 : Progression des Français par la vallée du Fleuve Rouge : prise de Yen Bay et dégagement de Laichau, la capitale thaïe.

Le général Xuan, nouveau président du conseil du gouvernement de Cochinchine qui a été élu le 1er, pour bien marquer qu’il répudie tout séparatisme par rapport aux autres Ky, remplace l’appellation « République autonome de Cochinchine » par « Gouvernement du Sud-Vietnam » (Devillers, 2010, p. 203).


21 octobre 47 : Prise de Sapa à l’ouest.

Le VM attaque des troupes françaises sur la R.C.3 dans le secteur de Cho Don puis décrochent. Le harcèlement des troupes françaises se généralise, retardant ainsi le calendrier de leurs opérations (Giap 1, 2003, p. 145).


22 octobre 47 : Paul Ramadier (S.F.I.O.) président du Conseil est reconduit (jusqu’au 24 novembre 1947).

Gouvernement Ramadier 2 : Armées : P.H. Teitgen ; Affaires étrangères : Georges Bidault ; France d’Outre-mer : Paul Ramadier (Bodin, 2004, p. 124). C’est donc le président du Conseil qui se réserve la F.O.M. pour gérer le conflit indochinois.

Salan, pressentant l’arrivée des communistes chinois à la frontière tonkinoise et la nécessité d’accomplir une conquête doublée d’opérations de pacification en taches d’huile, estime dans une instruction qui n’est pas forcement en phase avec la pensée de Valluy (détruire les organes du gouvernement HCM) : « Je suis convaincu de la nécessité de contrôler définitivement, avec le concours des races montagnardes, la grande rocade parallèle à la frontière chinoise de Nam Chan – Soc Giang. » (cité in Valette, 1994, p. 122)


23 octobre 47 : Les troupes du colonel Beaufre arrivent à Dai Thi mais sont finalement obligées de se replier sur Ban Thi, Cho Don et Cho Ra. La jonction prévue avec celles du groupe Communal qui devait se faire à Dai Thi n’aura jamais lieu.


25 octobre 47 : De retour d’Indochine, Pierre Messmer (directeur du cabinet de Bollaert) se rend chez Vincent Auriol (favorable au dialogue avec HCM s’il se détache des « éléments extrémistes communistes » de son parti). Il lui fait un bilan des opérations militaires en cours : saisie de 300 tonnes d’armes et de 600 tonnes de munitions ; à Bac Kan, un ministre du VM a été tué mais HCM a réussi à s’échapper de peu et demeure introuvable du fait de ses déplacements successifs (voir 7 octobre). Il lui précise que « tant que le mot « indépendance nationale » ne sera pas prononcé, il n’y aura pas de groupe politique valable avec qui travailler. » Or il y a plus que des réticences de la classe politique française à accepter cette idée car elle est incapable d’admettre les conséquences qu’impliquerait ce choix vers l’indépendance. Se souvenant du 19 décembre 1946, Ramadier remet même en question l’idée même d’une armée nationale vietnamienne. Quant à Auriol, il craint que ce genre de concession fasse tache d’huile en Afrique. D’un point de vue politique, Auriol pense qu’il faut traiter à la fois avec Bao Daï et le VM mais aussi avec « toutes les familles politiques, […] toutes les organisations sur des principes clairs ». (Gras, 1979, p. 199 ; Auriol 1, 2003, pp. 371-373) Au vu des divisions dans le camp français, la multiplication des interlocuteurs vietnamiens ne risque pas de simplifier la tâche…

Valluy critique dans une note adressée à la présidence du Conseil la tactique de Salan qui ne donne pas priorité à la rapidité de la manœuvre. Il confie à Bollaert : « Ne pas s’attarder dans une exploitation lente et difficile, susceptible de nous coûter des pertes et de faire le jeu de l’adversaire. » (Vallette, 2010, p. 70)

Le VM coule et endommage avec son artillerie sur la Rivière Claire 4 L.C.M. au niveau de Doa Hung (Giap 1, 2003, pp. 146-147).


27 octobre 47 : Giap câble l’ordre de monter des embuscades sur le R.C. 4. (Giap 1, 2003, p. 149). Cette route devient dès ce jour celle des embuscades meurtrières.


​30 octobre 47 : Prise de Lao Kaï. L’effet de surprise a joué : faibles pertes françaises, elles sont beaucoup plus lourdes du côté du VM (8 000 tués, 1 500 prisonniers).

Sur la R.C.4, le VM (régiment 28) opère l’attaque d’un convoi français entre Dong Khe et That Khe au niveau du col de Bong Lo (Pont Bascou). Selon Giap, 27 des 30 camions sont détruits  occasionnant la mort de 146 soldats et une centaine de prisonniers (ce qui paraît beaucoup si on compare ces chiffres à ceux annoncés par les Français (20 tués) mais qui semblent de leur côté nettement sous-estimés, voir 20 décembre ; Dang Van Viet, 2004, p. 113, note 1). Après cette attaque, Giap écrit : « En effet, pour l’ennemi, la R.C. 4 était devenue la route du sang. » (Giap 1, 2003, pp. 149-151). Elle le demeurera longtemps.

​31 octobre 47 : Pour le 25e anniversaire de Sihanouk, le commissaire de la République Loubet doit venir au palais royal pour y présenter ses vœux et prononcer une allocution diplomatique. Le texte qui a été transmis au roi suggère que les progrès seraient compromis au Cambodge et que l’anarchie y fleurirait si la France lui accordait l’indépendance avant qu’il ne dispose en nombre suffisant de cadres civils et militaires compétents. Sihanouk lui répond sèchement en disant au représentant français qu’il existe dans le monde bien des pays indépendants où l’administration est bien plus défaillante qu’au Cambodge. Selon Cambacérès, « Sihanouk dira plus tard que, ce jour-là, il avait senti s’opérer en lui une sorte de mutation, et que ce fut un tournant dans sa conception de chef de l’État. » (Cambacérès, 2013, pp. 65-66)

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