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par Jean-François Jagielski

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Le commandement militaire du VM organise dans le village de La Bang (province de Thai Nguyen) un camp d’instruction destiné aux commandants de bataillons et de régiment. HCM assiste à la cérémonie et prononce un discours incitant ces commandants à prendre soin de leurs hommes, à faire preuve d’une totale abnégation face aux difficultés matérielles et « à remporter la victoire sans trop sacrifier de vies humaines dans l’armée et dans le peuple, de manière aussi à écourter le plus possible les jours de souffrance et de peine. » (Giap 1, 2003, pp. 110-111).
Le commandement militaire du VM organise dans le village de La Bang (province de Thai Nguyen) un camp d’instruction destiné aux commandants de bataillons et de régiment. HCM assiste à la cérémonie et prononce un discours incitant ces commandants à prendre soin de leurs hommes, à faire preuve d’une totale abnégation face aux difficultés matérielles et « à remporter la victoire sans trop sacrifier de vies humaines dans l’armée et dans le peuple, de manière aussi à écourter le plus possible les jours de souffrance et de peine. » (Giap 1, 2003, pp. 110-111).


Un rapport des services de renseignement français signale : « Les voies d’accès situées au sud de la ligne Tuyen Quang – Thai Nguyen – Phulang Thuong ont été entièrement détruites. Sur les voies fluviales des radeaux sont préparés, destinés à construire des barrages. » Le VM anticipe la future offensive française d’automne (Valette, 2010, pp. 65-66)
Un rapport des services de renseignement français signale : « Les voies d’accès situées au sud de la ligne Tuyen Quang – Thai Nguyen – Phulang Thuong ont été entièrement détruites. Sur les voies fluviales des radeaux sont préparés, destinés à construire des barrages. » Le VM anticipe la future offensive française d’automne (Valette, 2010, pp. 65-66).
 
Des manifestations plus ou moins spontanées ont lieu en faveur d’un retour de Bao Daï, 30 000 personnes à Hué, 15 000 à Tourane. Bollaert et le premier ministre Le Van Hoach laissent faire (Valette, 1994, p. 161).
 




2 août 47 : Le conseil de Cochinchine, sous l’influence d’amis du '''général profrançais Nguyen Van Xuan''' (toujours en métropole), exige un renouvellement du gouvernement de la République autonome en vue d’évincer le docteur Hoach qui la dirige depuis le 7 décembre 1946.
2 août 47 : Le conseil de Cochinchine, sous l’influence d’amis du '''général profrançais Nguyen Van Xuan''' (toujours en métropole), exige un renouvellement du gouvernement de la République autonome en vue d’évincer le docteur Hoach qui la dirige depuis le 7 décembre 1946.
En vue de l’opération offensive d’automne, Salan, futur commandant de l’opération ''Léa'' (voir 7 octobre), constate que ses moyens seront réduits « à la moitié de qu’[il] avait[t] estimé nécessaires dans [son] projet initial. » (Valette, 1994, pp. 108-109).




6 août 47 : Après un premier échange avec HCM (voir 10 juin), Léon Blum révèle dans le journal ''Le Populaire'' qu’il a reçu du président un second message personnel : « Il y a quelques jours, j’ai reçu par voie officielle une lettre de Ho. Il est toujours le digne et authentique représentant du peuple vietnamien, et […] même, pour l’instant, il nous a toujours prouvé de manière assurée et évidente son scrupule, son patriotisme, son abnégation […] Une lueur est apparue en Indochine. Cette lueur doit devenir l’aube et ensuite le jour. » (cité ''in'' Giap 1, 2003, p. 110). Le président vietnamien demeure à ses yeux « le représentant authentique et qualifié du peuple vietnamien » (Chaffard, 1969, p. 130, note 1).
6 août 47 : Après un premier échange avec HCM (voir 10 juin), Léon Blum révèle dans le journal ''Le Populaire'' qu’il a reçu du président un second message personnel : « Il y a quelques jours, j’ai reçu par voie officielle une lettre de Ho. Il est toujours le digne et authentique représentant du peuple vietnamien, et […] même, pour l’instant, il nous a toujours prouvé de manière assurée et évidente son scrupule, son patriotisme, son abnégation […] Une lueur est apparue en Indochine. Cette lueur doit devenir l’aube et ensuite le jour. » (cité ''in'' Giap 1, 2003, p. 110). Le président vietnamien demeure à ses yeux « le représentant authentique et qualifié du peuple vietnamien » (Chaffard, 1969, p. 130, note 1).


Sous l’influence de ministres M.R.P., un vif débat s’engage au sein du conseil des ministres sur les initiatives de paix de Bollaert (voir 7 août). On demande au haut-commissaire d’ajourner son projet de discours du 15 et de se rendre à nouveau à Paris (voir 16 août). Un conseil interministériel est chargé de remanier son texte si la chose s’avère nécessaire.
Sous l’influence de ministres M.R.P., un vif débat s’engage au sein du conseil des ministres sur les initiatives de paix de Bollaert (voir 7 août). On demande au haut-commissaire d’ajourner son projet de discours du 15 et de se rendre à nouveau à Paris (voir 16 août). Un conseil interministériel est chargé de remanier son texte si la chose s’avère nécessaire. Selon Auriol, « Ramadier répond que dans son discours du 21 janvier il a volontairement fait allusion lui-même à l’indépendance du Vietnam au sein de l’Union française afin de modifier les termes du 6 mars [1946] qui aboutirent à un échec à Fontainebleau, et qu’il ne peut consentir à l’abandon de cette idée. Si ces termes étaient écartés, dit-il, je m’en irais, car on n’aura pas la paix en Indochine sans la proclamation de l’indépendance au sein de l’Union française et sans l’unité des trois Ky. Il ajoute que, si l’on choisit le 15 août, c’est parce qu’il y a une opération en automne. Si vous voulez on pourra prendre le 30 août, mais sous cette réserve je suis d’accord avec Bidault pour demander à Bollaert de soumettre son texte au gouvernement. Il en est ainsi décidé. » (Auriol 1, 2003, pp. 290-291)




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16 août 47 : Un conseil interministériel se réunit à l’Hôtel Matignon. Y sont présents Ramadier (président du Conseil), Teitgen (vice-président), Bidault (Affaires étrangères), Coste Floret (Défense) et Moutet (France d’Outre-mer). Bollaert et Valluy sont entendus. Le projet de discours de Bollaert à Hadong (voir 7 août et 10 septembre) est édulcoré : il n’est plus question de « cessez-le-feu » ni d’une « indépendance vietnamienne possédant la solidité du fait accompli » mais d’une vague « liberté ». Or « liberté » et « indépendance » se traduisent de la même manière en vietnamien (''Doc Lap'') (Gras, 1979, p. 185 ; Chaffard, 1969, pp. 134-135).
16 août 47 : Un conseil interministériel se réunit à l’Hôtel Matignon. Y sont présents Ramadier (président du Conseil), Teitgen (vice-président), Bidault (Affaires étrangères), Coste Floret (Défense) et Moutet (France d’Outre-mer). Bollaert et Valluy sont entendus. Le projet de discours de Bollaert à Hadong (voir 7 août et 10 septembre) est édulcoré voire même retoqué : il n’est plus question de « cessez-le-feu » ni d’une « indépendance vietnamienne possédant la solidité du fait accompli » mais d’une vague « liberté ». Or « liberté » et « indépendance » se traduisent de la même manière en vietnamien (''Doc Lap'').
 
Bidault et les Affaires étrangères ont été les plus critiques envers Bollaert. Si l’on évoque l’indépendance, c’est accepter « l’éviction totale et immédiate de la France, l’acceptation gratuite d’un état de fait que la situation militaire ne justifie pas ». Accepter une « intégration de la Cochinchine dans le Vietnam » est un non-sens. Le projet de fédération est dénaturé car il ne précise pas les « attributions du haut-commissaire de France ». Offrir une « trêve inconditionnelle », c’est s’exposer aux « plaintes devant l’O.N.U. » en cas de reprise des combats (Gras, 1979, p. 185 ; Chaffard, 1969, pp. 134-135 ; Valette, 1994, p. 163).


Ce même jour, Paul Ramadier, Marius Moutet et Émile Bollaert donnent une conférence de presse à l’Hôtel Matignon.
Ce même jour, Paul Ramadier, Marius Moutet et Émile Bollaert donnent une conférence de presse à l’Hôtel Matignon.
19 août 47 : Le général Valluy rencontre Auriol. Il lui exprime son désaccord avec Bollaert : il estime qu'il est prématuré de faire une déclaration publique et propose d'attendre un affaiblissement du Vietminh avant de négocier. Il préconise des raids militaires et une politique de terre brûlée pour le désorganiser.
Puis Auriol reçoit Bollaert. Selon ce dernier, « les idées dominantes sont de faire connaître notre point de vue sur les trois Ky, l’indépendance ; si nous discutons avec Ho Chi Minh les conditions de l’armistice, il sera difficile de l’éliminer de la négociation de paix, c’est pourquoi je crois que ces conditions d’armistice doivent être faites entre états-majors, dire que l’on ne traite pas avec le parti totalitaire mais avec tous les partis. Ce sera la grande idée du discours ainsi que la définition de l’Union française, mais ne pas faire d’Ho Chi Minh le symbole de l’indépendance nationale. » (Auriol 1, 2003, pp. 301-302)
20 août 47 : Auriol reçoit D’Argenlieu. Ce dernier « vient [lui] annoncer sa décision de démissionner de la Marine et de rentrer de nouveau dans les Ordres […] Nous parlons de l’Indochine et il me déclare une fois de plus qu’il faut dire publiquement qu’on ne traitera pas avec Ho Chi Minh. » (Auriol 1, 2003, p. 304)
25 août 47 : Le premier ministre Le Van Hoach, qui a participé à une manifestation à Saïgon en faveur du retour de Bao Daï, appelle « M. Vinh Thuy, symbole de l’union, afin qu’il prenne la direction d’un comité des trois pays en vue de négocier avec la France. » (Valette, 1994, p. 161)




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27 août 47 : Adoption en conseil des ministres du discours de Bollaert remanié (voir 16 août). Bollaert avait été promu au poste de haut-commissaire car jugé comme un « fonctionnaire » (préfet) docile aux ordres du gouvernement. Il s’adapte ici parfaitement au rôle qui lui a été dévolu.
 
 
 
​​27 août 47 : Présentation par Moutet (F.O.M.) et adoption en conseil des ministres du discours de Bollaert remanié (voir 16 août). Bollaert avait été promu au poste de haut-commissaire car jugé comme un « fonctionnaire » (ex-préfet) docile aux ordres du gouvernement. Il s’adapte ici parfaitement au rôle qui lui a été dévolu.
 
Selon Auriol, « il ressort que le haut-commissaire veut lancer une offensive de paix au moment où l’on constate des signes d’affaiblissement de l’adversaire [voir ci-dessous]. Il a apporté des modifications au projet initial pour tenir compte des observations faites au cours des conseils précédents et en retirer ce qui dans son appel paraissait s’adresser personnellement à Ho Chi Minh. Actuellement le discours s’adresse à tous ceux qui sont susceptibles de représenter vraiment l’opinion vietnamienne sans distinction, il fait connaître à tous ce que serait après la paix la situation du territoire de l’Indochine au sein de l’Union française. » (Auriol 1, 2003, pp. 309-310) Bollaert a dû accorder deux concessions majeures à son projet de discours initial : il n’est plus question de trêve unilatérale selon le souhait de Valluy ; au mot « indépendance » s’est substitué la formule ambiguë « Doc Lap » (littéralement, « se tenir seul debout ») selon le souhait de Bidault.
 
« Le Haut-Commissariat en Indochine annonce que les ralliements se succèdent avec rapidité : dans le secteur d’Hanoï, 210 villages ralliés avec 150 000 habitants ; secteur d’Haïphong, 300 villages ralliés avec 164 000 habitants non compris Haïphong ; secteur Nam Dinh, 30 villages avec 7 000 habitants. Ainsi, depuis le 1<sup>er</sup> août, le ralliement s’accentue. À mon avis, c’est le moment de frapper fort et d’offrir des négociations de paix. » (Auriol 1, 2003, p. 307)
 
 


​28 août 47 : Le Conseil de Cochinchine invite le docteur Hoach à remanier le gouvernement autonome de la République de Cochinchine dans les 15 jours. Bien que Hoach soit soutenu par Bao Daï, il ne parvient pas à dissoudre le Conseil qui élira, le 1<sup>er</sup> octobre, le général Xuan, toujours en France où il est déjà soutenu par Bollaert (Gras, 1979, p. 198). Selon le général Boyer de la Tour (commandant les T.I.F.S.), « en Cochinchine, des difficultés politiques se faisaient jour sur le plan interne, le docteur Hoach était très critiqué, et à l’issue de la séance du 28 août 1947, le Conseil de Cochinchine lui avait octroyé un délai de 15 jours pour constituer un nouveau gouvernement. » (Boyer de la Tour, 1962, p. 68) Il n’y parviendra pas du fait du retour en Indochine du général Xuan (voir 15 et 16 septembre) qui refuse d’intégrer ce nouveau gouvernement et manœuvre contre Hoach pour le remplacer.
​28 août 47 : Le Conseil de Cochinchine invite le docteur Hoach à remanier le gouvernement autonome de la République de Cochinchine dans les 15 jours. Bien que Hoach soit soutenu par Bao Daï, il ne parvient pas à dissoudre le Conseil qui élira, le 1<sup>er</sup> octobre, le général Xuan, toujours en France où il est déjà soutenu par Bollaert (Gras, 1979, p. 198). Selon le général Boyer de la Tour (commandant les T.I.F.S.), « en Cochinchine, des difficultés politiques se faisaient jour sur le plan interne, le docteur Hoach était très critiqué, et à l’issue de la séance du 28 août 1947, le Conseil de Cochinchine lui avait octroyé un délai de 15 jours pour constituer un nouveau gouvernement. » (Boyer de la Tour, 1962, p. 68) Il n’y parviendra pas du fait du retour en Indochine du général Xuan (voir 15 et 16 septembre) qui refuse d’intégrer ce nouveau gouvernement et manœuvre contre Hoach pour le remplacer.

Dernière version du 27 février 2026 à 11:38

Août 47 : HCM renouvelle sa confiance et le désir de revoir le « Citoyen Vinh-Thuy » (Bao Daï) en exil à Hong-Kong depuis le 18 mars 1945.

Le commandement militaire du VM organise dans le village de La Bang (province de Thai Nguyen) un camp d’instruction destiné aux commandants de bataillons et de régiment. HCM assiste à la cérémonie et prononce un discours incitant ces commandants à prendre soin de leurs hommes, à faire preuve d’une totale abnégation face aux difficultés matérielles et « à remporter la victoire sans trop sacrifier de vies humaines dans l’armée et dans le peuple, de manière aussi à écourter le plus possible les jours de souffrance et de peine. » (Giap 1, 2003, pp. 110-111).

Un rapport des services de renseignement français signale : « Les voies d’accès situées au sud de la ligne Tuyen Quang – Thai Nguyen – Phulang Thuong ont été entièrement détruites. Sur les voies fluviales des radeaux sont préparés, destinés à construire des barrages. » Le VM anticipe la future offensive française d’automne (Valette, 2010, pp. 65-66).

Des manifestations plus ou moins spontanées ont lieu en faveur d’un retour de Bao Daï, 30 000 personnes à Hué, 15 000 à Tourane. Bollaert et le premier ministre Le Van Hoach laissent faire (Valette, 1994, p. 161).


2 août 47 : Le conseil de Cochinchine, sous l’influence d’amis du général profrançais Nguyen Van Xuan (toujours en métropole), exige un renouvellement du gouvernement de la République autonome en vue d’évincer le docteur Hoach qui la dirige depuis le 7 décembre 1946.

En vue de l’opération offensive d’automne, Salan, futur commandant de l’opération Léa (voir 7 octobre), constate que ses moyens seront réduits « à la moitié de qu’[il] avait[t] estimé nécessaires dans [son] projet initial. » (Valette, 1994, pp. 108-109).


6 août 47 : Après un premier échange avec HCM (voir 10 juin), Léon Blum révèle dans le journal Le Populaire qu’il a reçu du président un second message personnel : « Il y a quelques jours, j’ai reçu par voie officielle une lettre de Ho. Il est toujours le digne et authentique représentant du peuple vietnamien, et […] même, pour l’instant, il nous a toujours prouvé de manière assurée et évidente son scrupule, son patriotisme, son abnégation […] Une lueur est apparue en Indochine. Cette lueur doit devenir l’aube et ensuite le jour. » (cité in Giap 1, 2003, p. 110). Le président vietnamien demeure à ses yeux « le représentant authentique et qualifié du peuple vietnamien » (Chaffard, 1969, p. 130, note 1).

Sous l’influence de ministres M.R.P., un vif débat s’engage au sein du conseil des ministres sur les initiatives de paix de Bollaert (voir 7 août). On demande au haut-commissaire d’ajourner son projet de discours du 15 et de se rendre à nouveau à Paris (voir 16 août). Un conseil interministériel est chargé de remanier son texte si la chose s’avère nécessaire. Selon Auriol, « Ramadier répond que dans son discours du 21 janvier il a volontairement fait allusion lui-même à l’indépendance du Vietnam au sein de l’Union française afin de modifier les termes du 6 mars [1946] qui aboutirent à un échec à Fontainebleau, et qu’il ne peut consentir à l’abandon de cette idée. Si ces termes étaient écartés, dit-il, je m’en irais, car on n’aura pas la paix en Indochine sans la proclamation de l’indépendance au sein de l’Union française et sans l’unité des trois Ky. Il ajoute que, si l’on choisit le 15 août, c’est parce qu’il y a une opération en automne. Si vous voulez on pourra prendre le 30 août, mais sous cette réserve je suis d’accord avec Bidault pour demander à Bollaert de soumettre son texte au gouvernement. Il en est ainsi décidé. » (Auriol 1, 2003, pp. 290-291)


7 août 47 : Offensive de paix de Bollaert sous forme d’un projet de discours qui serait prononcé à Hadong (situé entre Hanoi et Haïphong) initialement prévu pour le 15 mais qui sera édulcoré (voir 16 août) et finalement reporté au 10 septembre. Dans sa première mouture, il ordonne un cessez-le-feu immédiat valable jusqu’au 1er septembre et qui pourrait être reconductible jusqu’au 1er novembre. Si les « clauses honorables et équitables […] étaient respectées, alors l’indépendance du Vietnam posséderait la solidité du fait accompli. » Le mot « indépendance » figure donc dans cette première version mais pour peu de temps. Des négociations pourraient alors s’ouvrir avec toutes les tendances politiques représentées au Vietnam. Valluy est bien sûr totalement opposé cette initiative qui contrecarre son projet d’offensive d’automne (voir 25 juillet) (Gras, 1979, p. 184 ; extraits de cette première mouture in Devillers, 2010, p. 462). Une note d’orientation en date du 4 octobre analysera les réactions provoquées par ce discours (citée in extenso in Bodinier, 1989, pp. 248-252).

Philippe Devillers est reçu par Paul Mus. Il ne lui confie rien de son entrevue avec HCM et Giam le 12 mai mais précise à son interlocuteur : « Les conditions [militaires] posées équivalaient à une capitulation. On savait qu’elles seraient refusées et c’est pour cela qu’elles avaient été remises. On ne voulait pas que ce contact débouche sur une négociation. » Mus a pu constater durant cette incursion en territoire vietminh combien « la population vietnamienne est à 90 % derrière Ho Chi Minh ». C’est ce qu’il a voulu faire savoir mais Ramadier et Moutet s’y sont opposés. Mus ajoute que 80 % des atrocités rapportées par les Français au Tonkin « sont des mensonges. » Il dénonce un aveuglement et une conspiration du silence des autorités françaises servant « une propagande de parti » (Devillers, 2010, pp. 192-193). Son rôle de médiateur se termine là et il entrera par la suite en dissidence.


11 août 47 : À Bangkok a lieu une rencontre entre Pierre-Étienne Gilbert (envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire en Thaïlande) et le délégué gouvernemental du Vietnam pour l’Asie du Sud-Est, Tran Van Giau. Ce dernier a fait connaître ses exigences. Elles sont des plus modérées : unité des trois Ky et indépendance du Vietnam dans le cadre de l’Union française ; promulgation d’une constitution qui serait reconnue par un accord avec la France ; adhésion du Vietnam aux principes de la charte de l’O.N.U. ; garanties réciproques pour les deux parties ; étroite communauté culturelle, financière et monétaire, création entre le Vietnam, le Laos et le Cambodge d’organismes techniques de coopération présidés par le haut-commissaire dans le cadre de l’Union. D’un point de vue militaire : maintien d’une armée nationale avec instructeurs français et liens d’état-major ; pas de garnisons françaises à l’intérieur mais 6 bases de défense de l’Union, libres de communiquer entre elles (Lao Kay, Langson, Hongay, Tourane, Cam Rahn, Cap Saint Jacques). D’un point de vue diplomatique : alignement sur la politique française dans le cadre de l’Union ; existence de représentations autonomes en Chine et Thaïlande ; des agents diplomatiques vietnamiens dans les représentations françaises dans des pays jugés importants pour le Vietnam. Le rapport de Pierre-Étienne Gilbert est totalement ignoré du gouvernement français qui préfère faire confiance à Valluy avec son projet d’offensive d’automne et à Pignon, promoteur de la « solution Bao Daï » (Chaffard, 1969, pp. 135-136 ; Devillers, 2010, pp. 463-464). Le silence gouvernemental sera la seule réponse donnée à cette voie diplomatique. Même Auriol (président de la République) n’en sera pas informé (Devillers, 1988, p. 355).


12 août 47 : L’amiral Battet (assurant l’intérim du général Valluy parti officiellement à Paris « pour raison de santé ») fait distribuer sous enveloppes cachetées à toutes les forces armées d’Indochine un ordre de cessez-le-feu émanant de Bollaert ; ces enveloppes ne devront être ouvertes que le 15 août à midi, après que Bollaert ait prononcé son discours à Hadong (Gras, 1979, p. 184). Mais rien ne se passera comme prévu.


16 août 47 : Un conseil interministériel se réunit à l’Hôtel Matignon. Y sont présents Ramadier (président du Conseil), Teitgen (vice-président), Bidault (Affaires étrangères), Coste Floret (Défense) et Moutet (France d’Outre-mer). Bollaert et Valluy sont entendus. Le projet de discours de Bollaert à Hadong (voir 7 août et 10 septembre) est édulcoré voire même retoqué : il n’est plus question de « cessez-le-feu » ni d’une « indépendance vietnamienne possédant la solidité du fait accompli » mais d’une vague « liberté ». Or « liberté » et « indépendance » se traduisent de la même manière en vietnamien (Doc Lap).

Bidault et les Affaires étrangères ont été les plus critiques envers Bollaert. Si l’on évoque l’indépendance, c’est accepter « l’éviction totale et immédiate de la France, l’acceptation gratuite d’un état de fait que la situation militaire ne justifie pas ». Accepter une « intégration de la Cochinchine dans le Vietnam » est un non-sens. Le projet de fédération est dénaturé car il ne précise pas les « attributions du haut-commissaire de France ». Offrir une « trêve inconditionnelle », c’est s’exposer aux « plaintes devant l’O.N.U. » en cas de reprise des combats (Gras, 1979, p. 185 ; Chaffard, 1969, pp. 134-135 ; Valette, 1994, p. 163).

Ce même jour, Paul Ramadier, Marius Moutet et Émile Bollaert donnent une conférence de presse à l’Hôtel Matignon.


19 août 47 : Le général Valluy rencontre Auriol. Il lui exprime son désaccord avec Bollaert : il estime qu'il est prématuré de faire une déclaration publique et propose d'attendre un affaiblissement du Vietminh avant de négocier. Il préconise des raids militaires et une politique de terre brûlée pour le désorganiser.

Puis Auriol reçoit Bollaert. Selon ce dernier, « les idées dominantes sont de faire connaître notre point de vue sur les trois Ky, l’indépendance ; si nous discutons avec Ho Chi Minh les conditions de l’armistice, il sera difficile de l’éliminer de la négociation de paix, c’est pourquoi je crois que ces conditions d’armistice doivent être faites entre états-majors, dire que l’on ne traite pas avec le parti totalitaire mais avec tous les partis. Ce sera la grande idée du discours ainsi que la définition de l’Union française, mais ne pas faire d’Ho Chi Minh le symbole de l’indépendance nationale. » (Auriol 1, 2003, pp. 301-302)


20 août 47 : Auriol reçoit D’Argenlieu. Ce dernier « vient [lui] annoncer sa décision de démissionner de la Marine et de rentrer de nouveau dans les Ordres […] Nous parlons de l’Indochine et il me déclare une fois de plus qu’il faut dire publiquement qu’on ne traitera pas avec Ho Chi Minh. » (Auriol 1, 2003, p. 304)



25 août 47 : Le premier ministre Le Van Hoach, qui a participé à une manifestation à Saïgon en faveur du retour de Bao Daï, appelle « M. Vinh Thuy, symbole de l’union, afin qu’il prenne la direction d’un comité des trois pays en vue de négocier avec la France. » (Valette, 1994, p. 161)



26 août 47 : Formation de la première division de l’armée régulière du VM, la daï doan Doc Lap (« division de l’Indépendance ») Selon Giap, l’armement demeure toujours insuffisant : 30 000 armes de 20 modèles différents. L’armée vietnamienne ne dispose pas d’uniformes, les casques sont fabriqués en bambous tressés et la plupart des soldats doivent se contenter des « sandales Ho Chi Minh » fabriquées à partir de pneus de camions. Seule amélioration, la fabrication de bazookas, de mines et grenades antichar par les ateliers du Viet Bac (Giap 1, 2003, p. 110).



​​27 août 47 : Présentation par Moutet (F.O.M.) et adoption en conseil des ministres du discours de Bollaert remanié (voir 16 août). Bollaert avait été promu au poste de haut-commissaire car jugé comme un « fonctionnaire » (ex-préfet) docile aux ordres du gouvernement. Il s’adapte ici parfaitement au rôle qui lui a été dévolu.

Selon Auriol, « il ressort que le haut-commissaire veut lancer une offensive de paix au moment où l’on constate des signes d’affaiblissement de l’adversaire [voir ci-dessous]. Il a apporté des modifications au projet initial pour tenir compte des observations faites au cours des conseils précédents et en retirer ce qui dans son appel paraissait s’adresser personnellement à Ho Chi Minh. Actuellement le discours s’adresse à tous ceux qui sont susceptibles de représenter vraiment l’opinion vietnamienne sans distinction, il fait connaître à tous ce que serait après la paix la situation du territoire de l’Indochine au sein de l’Union française. » (Auriol 1, 2003, pp. 309-310) Bollaert a dû accorder deux concessions majeures à son projet de discours initial : il n’est plus question de trêve unilatérale selon le souhait de Valluy ; au mot « indépendance » s’est substitué la formule ambiguë « Doc Lap » (littéralement, « se tenir seul debout ») selon le souhait de Bidault.

« Le Haut-Commissariat en Indochine annonce que les ralliements se succèdent avec rapidité : dans le secteur d’Hanoï, 210 villages ralliés avec 150 000 habitants ; secteur d’Haïphong, 300 villages ralliés avec 164 000 habitants non compris Haïphong ; secteur Nam Dinh, 30 villages avec 7 000 habitants. Ainsi, depuis le 1er août, le ralliement s’accentue. À mon avis, c’est le moment de frapper fort et d’offrir des négociations de paix. » (Auriol 1, 2003, p. 307)

​28 août 47 : Le Conseil de Cochinchine invite le docteur Hoach à remanier le gouvernement autonome de la République de Cochinchine dans les 15 jours. Bien que Hoach soit soutenu par Bao Daï, il ne parvient pas à dissoudre le Conseil qui élira, le 1er octobre, le général Xuan, toujours en France où il est déjà soutenu par Bollaert (Gras, 1979, p. 198). Selon le général Boyer de la Tour (commandant les T.I.F.S.), « en Cochinchine, des difficultés politiques se faisaient jour sur le plan interne, le docteur Hoach était très critiqué, et à l’issue de la séance du 28 août 1947, le Conseil de Cochinchine lui avait octroyé un délai de 15 jours pour constituer un nouveau gouvernement. » (Boyer de la Tour, 1962, p. 68) Il n’y parviendra pas du fait du retour en Indochine du général Xuan (voir 15 et 16 septembre) qui refuse d’intégrer ce nouveau gouvernement et manœuvre contre Hoach pour le remplacer.

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