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par Jean-François Jagielski

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Novembre 79 : Jean-Pierre Gallois, envoyé de l’Agence France Presse à Hanoï est l’un des rares journalistes de l’époque à relativiser l’ampleur de la famine au Cambodge si l’on considère l’ensemble du territoire : « La seule indication d’une situation de famine vient des réfugiés khmers en Thaïlande. La bonne foi de ces témoins oculaires ne peut être mise en doute. Mais font-ils référence à la situation de quatre millions de Cambodgiens ou seulement aux 300 000 pris entre les tirs des Khmers rouges et de l’armée vietnamienne ? » Selon lui, les citadins « ne sont pas en ce qui concerne la nourriture et les soins plus mal lotis que des centaines de millions de gens dans le tiers monde. » (cité ''in'' Shawcross, 1985, p. 341)
Novembre – décembre 79 : Alors qu’ils avaient été demandeurs, les régimes vietnamiens et cambodgiens sont durement attaqués par les gouvernements et la presse occidentale : on leur reproche de ne pas avoir distribué les aides des organisations internationales, de les détourner au profit de leurs propres forces armées et même d’empêcher les paysans de récolter les maigres récoltes semées depuis peu. Le refus d’accueillir une aide pour tous (donc y compris dans les zones de conflit) venue par camions ou par trains de la Thaïlande (le ''land bridge'' amérciain) est particulièrement visé. Selon les détracteurs des autorités de Phnom Penh, elle est la seule capable d’amener rapidement ce qu’il faut là où il le faut dans un pays où les infrastructures sont totalement ravagées. Derrière ces polémiques se dissimulent, des deux côtés, le contentieux entre le Vietnam et les États-Unis issu du récent conflit (Shawcross, 1985, pp. 186-187). Certains récits de réfugiés recueillis à la frontière khméro-thaïlandaise confortent les accusations portées contre les Vietnamiens et le régime de Phnom Penh.
Novembre – décembre 79 : Alors qu’ils avaient été demandeurs, les régimes vietnamiens et cambodgiens sont durement attaqués par les gouvernements et la presse occidentale : on leur reproche de ne pas avoir distribué les aides des organisations internationales, de les détourner au profit de leurs propres forces armées et même d’empêcher les paysans de récolter les maigres récoltes semées depuis peu. Le refus d’accueillir une aide pour tous (donc y compris dans les zones de conflit) venue par camions ou par trains de la Thaïlande (le ''land bridge'' amérciain) est particulièrement visé. Selon les détracteurs des autorités de Phnom Penh, elle est la seule capable d’amener rapidement ce qu’il faut là où il le faut dans un pays où les infrastructures sont totalement ravagées. Derrière ces polémiques se dissimulent, des deux côtés, le contentieux entre le Vietnam et les États-Unis issu du récent conflit (Shawcross, 1985, pp. 186-187). Certains récits de réfugiés recueillis à la frontière khméro-thaïlandaise confortent les accusations portées contre les Vietnamiens et le régime de Phnom Penh.





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Novembre 79 : Jean-Pierre Gallois, envoyé de l’Agence France Presse à Hanoï est l’un des rares journalistes de l’époque à relativiser l’ampleur de la famine au Cambodge si l’on considère l’ensemble du territoire : « La seule indication d’une situation de famine vient des réfugiés khmers en Thaïlande. La bonne foi de ces témoins oculaires ne peut être mise en doute. Mais font-ils référence à la situation de quatre millions de Cambodgiens ou seulement aux 300 000 pris entre les tirs des Khmers rouges et de l’armée vietnamienne ? » Selon lui, les citadins « ne sont pas en ce qui concerne la nourriture et les soins plus mal lotis que des centaines de millions de gens dans le tiers monde. » (cité in Shawcross, 1985, p. 341)


Novembre – décembre 79 : Alors qu’ils avaient été demandeurs, les régimes vietnamiens et cambodgiens sont durement attaqués par les gouvernements et la presse occidentale : on leur reproche de ne pas avoir distribué les aides des organisations internationales, de les détourner au profit de leurs propres forces armées et même d’empêcher les paysans de récolter les maigres récoltes semées depuis peu. Le refus d’accueillir une aide pour tous (donc y compris dans les zones de conflit) venue par camions ou par trains de la Thaïlande (le land bridge amérciain) est particulièrement visé. Selon les détracteurs des autorités de Phnom Penh, elle est la seule capable d’amener rapidement ce qu’il faut là où il le faut dans un pays où les infrastructures sont totalement ravagées. Derrière ces polémiques se dissimulent, des deux côtés, le contentieux entre le Vietnam et les États-Unis issu du récent conflit (Shawcross, 1985, pp. 186-187). Certains récits de réfugiés recueillis à la frontière khméro-thaïlandaise confortent les accusations portées contre les Vietnamiens et le régime de Phnom Penh.


1er novembre 79 : Ayant recueilli le témoignage de trois collègues de retour de Phnom Penh (Jim Sasser, Max Baucus et John Danforth), le sénateur Edward Kennedy (voir 16 octobre), candidat démocrate pour l’instant non déclaré à l’investiture, accuse l’administration Carter de totale inefficacité depuis juillet à l’égard de la situation humanitaire au Cambodge : « Trois mois ont passé sans aucune action de la part du gouvernement. Il est incroyable que l’unique mouvement ait été l’héroïque effort de la Croix Rouge et de l’U.N.I.C.E.F. pour faire le travail tout seuls. » Il réclame « un pont aérien pour l’envoi massif de vivres et de médicaments » à partir des Philippines et de la Thaïlande (Shawcross, 1985, p. 173).



5 novembre 79 : Henri Labouisse (directeur de l’U.N.I.C.E.F.) rencontre Heng Sarim en compagnie de François Bugnion et Jean De Courten (C.I.C.R.). Ils évoquent un problème majeur, la retenue de l’aide dans les entrepôts de Kompong Som ou les magasins gouvernementaux de Phnom Penh. Bugnion proteste contre ce dont il a été témoin : deux Land Rover amenées par la Mission conjointe, remplies de soldats en armes et utilisées comme véhicules d’escorte militaire. Il a rendu compte de cette situation à Genève. Face à ces dérives, Labouisse, est plus compréhensif. Les deux organismes n’ont pas tout à fait la même culture ni la même perception et les mêmes exigences face aux réalités du terrain : l’U.N.I.C.E.F. cherche à se concilier les bonnes grâces gouvernementales ; le C.I.C.R. est quant à lui plus habitué à s’opposer aux gouvernements. Quant à Sarim, il demeure arqué sur ses positions antérieures : l’aide ne doit pas être « distribuée aux deux camps ». Labouisse ne pose pas les questions qui fâchent et l’entretien demeure courtois. Ce qui laisse les membres du C.I.C.R. sur leur faim. Ils le feront savoir à Genève (Shawcross, 1985, pp. 184-185).

Les organismes onusiens sont financièrement largement dépassés par les besoins. De plus la répartition des financements semble défaillante. L’U.N.I.C.E.F. lance un appel de fonds pour le ravitaillement de 250 000 personnes à la frontière. Or on les évalue à environ 650 000. L’organisme a largement dépassé ses ressources. D’autant plus qu’il avance aussi l’argent du Programme alimentaire mondial (P.A.M.) qui connait une crise de liquidité pour acheter         pas moins de 2 500 tonnes de nourriture par semaine. C’est l’U.N.I.C.E.F. qui doit gérer le plus gros de l’acheminement par camions. Charles Egger, directeur adjoint de l’organisme, estime alors que l’opération au Cambodge « va considérablement au-delà du mandat de l’U.N.I.C.E.F. Nous n’avons jamais inclus dans notre budget les provisions financières d’une aussi vaste opération. » De plus, de nombreux pays donateurs envoie leurs contributions au H.C.R. plutôt qu’à l’U.N.I.C.E.F. Selon Egger, « il semble donc impératif pour l’U.N.I.C.E.F. de rechercher, en principe, un transfert rapide de ses responsabilités dans la région de la frontière à l’U.N.H.C.R. » (Shawcross, 1985, p. 230) En fait, à la frontière, les tâches qui ont été confiées au C.I.C.R. (organisme indépendant de l’O.N.U.) et à l’U.N.I.C.E.F. par Kurt Waldheim semblent plus relever d’une intervention du H.C.R. que de l’habituelle compétence de ces deux organismes. Mais le H.C.R. n’entend guère s’impliquer à la frontière (voir 14 décembre)…




6 novembre 79 : Kurt Waldheim lance un appel à la communauté internationale pour qu’elle vienne en aide au Cambodge. Les pays donateurs (U.S.A., Europe occidentale, Japon, Australie) s’engagent à fournir 210 millions de dollars mais non les 350 voulus par le Secrétaire des Nations Unies (Shawcross, 1985, pp. 179-183).



7 novembre 79 : Une conférence internationale se tient à New York au siège de l’O.N.U. pour étudier l’aide humanitaire d’urgence à accorder à la population cambodgienne.

Nuitamment, à la veille de l’arrivée de Rosalynn Carter, le commandant thaï de la région des camps, le colonel Sawaenghit, fait tirer sur un campement cambodgien au long de la frontière suite au meurtre d’un soldat thaï qui avait violé une Cambodgienne (Shawcross, 1985, pp. 177-178).


8 – 10 novembre 79 : Envoyée en urgence et même en toute hâte par son mari sous la pression du sénateur Edward Kennedy (voir 16 octobre), Rosalynn Carter se rend dans les camps de réfugiés à la frontière khméro-thaïlandaise, notamment au camp de Sa Kaeo (tenu par les KR que Jimmy Carter avait dénoncé comme « les pires violeurs des droits humains » mais qu’il soutenait à l’O.N.U.). La violence ambiante affleure de partout. Profondément marquée par cette visite, la first lady œuvrera à son retour  pour la création du National Cambodia Crisis Commitee (voir 28 novembre) (Shawcross, 1985, pp. 177-178).



13 novembre 79 : Signature aux U.S.A. par Carter de la loi sur le Disaster Relief Assitance Act qui accordera une aide d’environ 30 millions de dollars. Cette loi marque un moment où les États-Unis passent d’une réponse diplomatique timide et prudente à un engagement humanitaire massif au Cambodge. C’est aussi un moyen pour contourner les obstacles politiques qu’avait érigés le régime provietnamien de Phnom Penh aux organismes onusiens depuis le début de leur intervention.



14 novembre 79 : Nouvelle résolution de l’O.N.U. à l’initiative de l’A.S.E.A.N. exigeant à nouveau un retrait de toutes les troupes étrangères se trouvant au Cambodge. Elle obtient l’aval de Sihanouk, allié de circonstance des KR contre les Vietnamiens (Regaud, 1992, p. 182).

Or cette résolution constitue un moyen pour renforcer le pouvoir des derniers KR qui conservent le droit de représenter le pays au sein de l’instance internationale (voir 21 septembre). La résolution est adoptée par 91 voix pour, 21 voix contre et 19 abstentions. Elle perdurera jusqu’en 1990. Sihanouk aura beau par la suite dénoncer le « régime hitlérien » de Pol Pot, c’est en fait lui qui a rendu officielle la reconnaissance des KR par l’O.N.U. sachant qu’il en a été temporairement le représentant officiel (Férier, 1993, p. 164 ; Richer, 2009, p. 80). Le secrétaire général de l’O.N.U. est invité à lancer une opération internationale de secours.

Sihanouk va alors subir la pression conjuguée des Américains, de la Chine et de l’A.S.E.A.N. pour réintégrer une structure gouvernementale officielle par le biais du futur F.U.N.C.I.N.P.E.C. qui sera fondé le 31 mars 1981. Ce gouvernement sera une coalition plus qu’hétéroclite composé de gens qui se détestent. Il intégrera certains KR mais également des provietnamiens comme Son Sann. Sous la pression de Den Xiaoping, Pol Pot accepte cependant de confier le poste de chef de l’État à Sihanouk. Mais pour l’instant, ce dernier n’a pris aucun engagement officiel et attendra plus d’un an pour faire son retour dans l’arène politique cambodgienne (voir 31 mars 1981). Pendant ce temps, il voyage à l’étranger.


Mi-novembre 79 : Réouverture de trois écoles à Phnom Penh. Le ministère de l’Éducation nationale affirme que 700 000 élèves dans le pays ont rejoint une classe. Il forme à tout va des enseignants, espérant ainsi redonner de la cohésion à une société chaotique (Shawcross, 1985, p. 195).

Les autorités du gouvernement de Phnom Penh, après avoir laissé trainer des demandes pressantes, autorisent certains journalistes à se rendre à l’intérieur du Cambodge, aux abords du lac Tonlé Sap. Ils y croisent des gens plongés dans une misère matérielle mais aucune trace de famine. Ce que confirmera François Bugnion du C.I.C.R. en se rendant sur place (Shawcross, 1985, p. 198). La proximité du lac n’étant sans doute pas étrangère à cet état de fait. Cette constatation est dérangeante, tant pour les représentants des organismes onusiens que pour les pays donateurs…


17 novembre 79 : Le ministère des Affaires étrangères du gouvernement de Phnom Penh approuve officiellement le programme d’aide du C.I.C.R. et de l’U.N.I.C.E.F., soit 4 mois après l’arrivée de leurs représentants dans la capitale cambodgienne (Shawcross, 1985, p. 185).



19 novembre 79 : Ouverture à la frontière thaïlandaise, côté thaïlandais, du camp de Khao l Dang (province de Sa Kaeo). 150 000 personnes y arrivent bientôt. Les Thaïlandais espèrent y enrôler les hommes en âge combattre contre les Vietnamiens. 250 000 personnes préfèrent rester dans un no man’s land entre les deux pays survivant de divers trafics.



​​25 novembre 79 : Entretiens Sihanouk-Giscard d’Estaing à Paris.

Sihanouk décline l’offre de Son Sann de présider le F.N.L.P.K.

​27 novembre 79 : Diffusion à la télévision française dans le cadre de l’émission « les Dossiers de l’écran »  d’un montage de documents réalisé par Gilbert Larriaga et commenté par Alain Cancès. Le documentaire est suivi d’un long débat où sont présents Sihanouk, les journalistes Wilfred Burchett, Jean Lacouture, Paul Nahon et William Shawcross (voir bibliographie). Participent également à l’émission Claude Malhuret (secrétaire général de "Médecins sans frontière") et Jean-Yves Follezou (président du Comité français d'aide médicale et sanitaire à la population cambodgienne). Enfin le Père François Ponchaud (voir bibliographie), Pin Yathay (voir bibliographie) et Alain Madelin, député U.D.F., de retour d'une mission parlementaire au Cambodge. Le débat est très idéologique et se centre rapidement sur la question : « Y a-t-il actuellement un nouveau génocide orchestré par les Vietnamiens ? » Les rapports ambigus entre Sihanouk et les KR sont également interrogés. (https://www.youtube.com/watch?v=pOrygJYdmt8)

​28 novembre 79 : Suite à la visite de son épouse à la frontière khméro-thaïlandaise (voir 8 - 10 novembre), Jimmy Carter soutient officiellement le National Cambodia Crisis Commitee. Il a pour but de coordonner les efforts des organisations caritatives et du gouvernement américain. Le Comité parvient à lever rapidement plusieurs dizaines de millions de dollars.

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