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par Jean-François Jagielski

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Selon un rapport de la C.I.A., le nombre de victimes au Cambodge durant la période kr se situe entre 1,15 et 1,3 million de personnes. En décembre 1979, la population cambodgienne ne dépasse pas les 5,2 millions d’habitants (Regaud, 1992, p. 66).
Selon un rapport de la C.I.A., le nombre de victimes au Cambodge durant la période kr se situe entre 1,15 et 1,3 million de personnes. En décembre 1979, la population cambodgienne ne dépasse pas les 5,2 millions d’habitants (Regaud, 1992, p. 66).


Visite au Vietnam de l’amiral Sergueï Gorshkov, commandant en chef de la flotte soviétique. Suite à cette visite, la base aéronavale de Cam Ranh va prendre le dessus sur les autres ports vietnamiens (Haïphong et Da Nang) : présences de navires, systèmes d’écoute et de communication. Il semble que les Vietnamiens n’ont alors plus accès à cette base, ce qui semble prouver qu’il y ait eu un abandon de souveraineté (Regaud ; 1992, p. 158 ; carte des facilités militaires soviétiques en Indochine ''in idem'', p. 161).


Le Britannique John Saunders (U.N.I.C.E.F.) est nommé par Kurt Walheim coordinateur de l’assistance au Cambodge.




5 décembre 79 : Selon certaines O.N.G. internationales, 80 à 90 % de l’aide alimentaire urgente destinée aux populations du Cambodge demeure bloquée à l’aéroport de Phnom Penh du fait de la mauvaise volonté pour coopérer du gouvernement provietnamien (Deron, 2009, p. 223).
 
 
 
5 décembre 79 : Selon certaines O.N.G. internationales, 80 à 90 % de l’aide alimentaire urgente destinée aux populations du Cambodge demeure bloquée à l’aéroport de Phnom Penh du fait de la mauvaise volonté pour coopérer du gouvernement provietnamien (Deron, 2009, p. 223). La Maison Blanche appuie cette thèse : les autorités vietnamiennes bloquent « délibérément » l’aide ; les retards dans le port de Komplng Som sont dus aux ingérences vietnamiennes et à celle du gouvernement ; les Vietnamiens préfèrent utiliser les pistes d’atterrissage pour mener leur guerre plutôt que de nourrir la population. La Mission conjointe est prise sous le feu de ces déclarations qui ne lui facilitent pas la tâche. Elle est obligée de tempérer la teneur de ces déclarations en rappelant que la lenteur des distributions est avant tout due à la destruction des infrastructures logistiques (absence de grues dans le port, état des routes, etc.) (Shawcross, 1985, pp. 198-199).
 
Subissant ces pressions, Saunders (U.N.I.C.E.F.) et Bugnion (C.I.C.R.) écrivent à Hun Sen (ministre des Affaires étrangères) et reviennent sur les blocages au niveau du port de Kompong Som qui font mauvais effet auprès des pays donateurs (Shawcross, 1985, pp. 199-200).
 




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L’accusation implicite d’une nouvelle tentative de « génocide » de la part des provietnamiens est fausse. Pour autant, elle va prévaloir durant quelques années et permettra à Washington de refuser tout contact, y compris du point de vue humanitaire, avec le gouvernement provietnamien de Phnom Penh. Cette politique permet aux États-Unis d’alimenter, par le biais de la Thaïlande, un important vivier de recrutement militaire dans les camps frontaliers de réfugiés (Deron, 2009, p. 414).
L’accusation implicite d’une nouvelle tentative de « génocide » de la part des provietnamiens est fausse. Pour autant, elle va prévaloir durant quelques années et permettra à Washington de refuser tout contact, y compris du point de vue humanitaire, avec le gouvernement provietnamien de Phnom Penh. Cette politique permet aux États-Unis d’alimenter, par le biais de la Thaïlande, un important vivier de recrutement militaire dans les camps frontaliers de réfugiés (Deron, 2009, p. 414).
Arrivée à Phnom Penh de Jean-Pierre Hocké (directeur des opérations au C.I.C.R.) en vue de débloquer la situation au port de Kompong Som. Il est (faussement) rassuré par les fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères. Un avion doit venir apporter des grues. Ils proposent de raccourcir le temps de trajets des avions en provenance de Bangkok sans désormais faire étape par Ho Chi Minh-Ville. Au ministère de la Santé, les autorités acceptent la venue d’une équipe médicale suédoise est acceptée. De ces belles promesses, aucune ne sera tenue… A son retour à New York, peu dupe, Hocké déclarera à la presse que l’aide alimentaire est mal distribuée et qu’elle ne pourra se poursuivre que lorsque ce point sera définitivement réglé (Shawcross, 1985, pp. 200-201).
14 décembre 79 : Zia Rizly (représentant local de l’U.N.H.C.R.) rencontre Morton Abromowitz (ambassadeur des États-Unis à Bangkok). Il estime qu’il serait beaucoup plus raisonnable que son organisme soit impliqué à la frontière plutôt que le C.I.C.R. et l’U.N.I.C.E.F. dont l’intervention devrait se cantonner à Phnom Penh. Abromowitz acquiesce. Se dessine l’idée de créer des zones de sécurité sous l’autorité de l’O.N.U., une idée qu’avait lancé début décembre le premier ministre thaïlandais Kriangsak auprès de Kurt Waldheim mais qui n’avait pu aboutir faute d’une résolution du Conseil de sécurité que l’U.R.S.S. aurait rejeté au moyen d’un véto (Shawcross, 1985, pp. 230-231). L’U.N.H.C.R. rejette cette proposition sous prétexte de l’imprécision de la frontière, certains camps étant à cheval sur la frontière où la situation demeure explosive, notamment au camp de Nong Samet, au nord d’Aranyanprathet qui est attaqué par des groupes incontrôlés (Shawcross, 1985, pp. 231-232).




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​31 décembre 79 : 250 000 réfugiés sont répartis dans 13 camps de part et d’autre de la frontière thaïlandaise. (Deron, 2009, p. 223).


26 décembre 79 : '''Sihanouk n’exclue pas le recours à la lutte armée''' face à l’impasse de ses tentatives de négociation avec le Vietnam et le gouvernement provietnamien en place au Cambodge. Il s’explique dans une interview : « […] J’ai écrit trois lettres à Pham van Dong. Sans réponse. Je reste disponible… mais les Vietnamiens ne comprennent qu’une chose : le rapport de force. C’est pourquoi j’ai lancé un appel à mes partisans en faveur de la lutte armée. Je ne suis pas belliciste, loin de là. Mais il fallait le faire. Mon peuple ne comprenait plus, et face aux Vietnamiens – nouveaux Américains du Cambodge – c’est un gage  de crédibilité. Pour les autres aussi d’ailleurs. J’ai en mémoire une réflexion de l’ambassadeur américain en Chine, Léonard Woodcock, faite il y a quelques mois : « Les Khmers rouges eux se battent ! » Eh bien aujourd’hui mes partisans se battent aussi. » (cité ''in'' Regaud, 1992, p. 86)
 
 


​​​​31 décembre 79 : 250 000 réfugiés sont répartis dans 13 camps de part et d’autre de la frontière thaïlandaise. (Deron, 2009, p. 223).


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​Fin 79 : Après avoir subi une véritable débâcle, les forces kr se reconstituent progressivement à la frontière thaïlandaise. Des troupes, venues de l’intérieur, après des mois de retraite, rejoignent progressivement la résistance. Certaines d’entre elles ne la rejoindront qu’en 1985-1986 (Peschoux, 1992, pp. 81-82).
​Fin 79 : Après avoir subi une véritable débâcle, les forces kr se reconstituent progressivement à la frontière thaïlandaise. Des troupes, venues de l’intérieur, après des mois de retraite, rejoignent progressivement la résistance. Certaines d’entre elles ne la rejoindront qu’en 1985-1986 (Peschoux, 1992, pp. 81-82).
​L’ambassadeur américain à Bangkok, Morton Abramowitz, qui contrairement à beaucoup de fonctionnaires estime que son pays a une grande part de responsabilité dans ce qui se passe au Cambodge et s’est jusqu’alors peu impliqué, crée au niveau de son ambassade une section spéciale (Groupe d’urgence pour le Kampuchéa) pour gérer la crise par des connaisseurs de la région qui y ont opéré durant la guerre américaine (Thimoty Carney, Lionel Rosenblatt). Il s’efforce également d’impliquer la Thaïlande et produit des écrits en direction du Département d’État décrivant le chaos que l’U.N.H.C.R. et le C.I.C.R. ont laissé s’installer à la frontière en refusant les aides qu’on leur proposait (Shawcross, 1979, pp. 168-172).

Dernière version du 17 janvier 2026 à 17:11

Décembre 79 : L’U.R.S.S. envahit l’Afghanistan. L’Occident, la Chine et l’A.S.E.A.N. voient là une nouvelle volonté d’expansion du camp soviétique après l’invasion du Cambodge par les Vietnamiens. La Thaïlande, la Chine et les États-Unis continuent donc de soutenir les KR dans leur résistance contre le Vietnam.

Déclaration de Deng Xiaoping : « La Chine a tout intérêt à obliger les Vietnamiens à rester au Cambodge, car ils n’en souffriront que plus. » (cité in Biernan, 1998, p. 554)

Truong Chinh, membre du comité exécutif du P.C.V.N., fait paraître une brochure distribuée à Hanoï et Ho Chi Minh Ville. Selon cette publication, les KR ont « programmé de faire du Kampuchéa le tremplin de la guerre chinoise d’invasion contre le Vietnam, à partir de deux points d’attaque : une attaque de l’armée chinoise au nord, une attaque de l’armée fantoche de Pol Pot-Ieng Sary au sud. » (Regaud, 1992, p. 20)

Selon un rapport de la C.I.A., le nombre de victimes au Cambodge durant la période kr se situe entre 1,15 et 1,3 million de personnes. En décembre 1979, la population cambodgienne ne dépasse pas les 5,2 millions d’habitants (Regaud, 1992, p. 66).

Visite au Vietnam de l’amiral Sergueï Gorshkov, commandant en chef de la flotte soviétique. Suite à cette visite, la base aéronavale de Cam Ranh va prendre le dessus sur les autres ports vietnamiens (Haïphong et Da Nang) : présences de navires, systèmes d’écoute et de communication. Il semble que les Vietnamiens n’ont alors plus accès à cette base, ce qui semble prouver qu’il y ait eu un abandon de souveraineté (Regaud ; 1992, p. 158 ; carte des facilités militaires soviétiques en Indochine in idem, p. 161).

Le Britannique John Saunders (U.N.I.C.E.F.) est nommé par Kurt Walheim coordinateur de l’assistance au Cambodge.



5 décembre 79 : Selon certaines O.N.G. internationales, 80 à 90 % de l’aide alimentaire urgente destinée aux populations du Cambodge demeure bloquée à l’aéroport de Phnom Penh du fait de la mauvaise volonté pour coopérer du gouvernement provietnamien (Deron, 2009, p. 223). La Maison Blanche appuie cette thèse : les autorités vietnamiennes bloquent « délibérément » l’aide ; les retards dans le port de Komplng Som sont dus aux ingérences vietnamiennes et à celle du gouvernement ; les Vietnamiens préfèrent utiliser les pistes d’atterrissage pour mener leur guerre plutôt que de nourrir la population. La Mission conjointe est prise sous le feu de ces déclarations qui ne lui facilitent pas la tâche. Elle est obligée de tempérer la teneur de ces déclarations en rappelant que la lenteur des distributions est avant tout due à la destruction des infrastructures logistiques (absence de grues dans le port, état des routes, etc.) (Shawcross, 1985, pp. 198-199).

Subissant ces pressions, Saunders (U.N.I.C.E.F.) et Bugnion (C.I.C.R.) écrivent à Hun Sen (ministre des Affaires étrangères) et reviennent sur les blocages au niveau du port de Kompong Som qui font mauvais effet auprès des pays donateurs (Shawcross, 1985, pp. 199-200).


6 décembre 79 : Déclaration de Jimmy Carter : l’invasion vietnamienne a provoqué « une nouvelle vague d’oppression, de faim et de maladie » au Cambodge. Les autorités vietnamiennes et cambodgiennes sur place  ont « délibérément fait obstruction » à l’acheminement de l’aide humanitaire. Elles ont prélevé des taxes sur ces fournitures de secours « imposant de facto un surcoût à la survie humaine ».

L’accusation implicite d’une nouvelle tentative de « génocide » de la part des provietnamiens est fausse. Pour autant, elle va prévaloir durant quelques années et permettra à Washington de refuser tout contact, y compris du point de vue humanitaire, avec le gouvernement provietnamien de Phnom Penh. Cette politique permet aux États-Unis d’alimenter, par le biais de la Thaïlande, un important vivier de recrutement militaire dans les camps frontaliers de réfugiés (Deron, 2009, p. 414).

Arrivée à Phnom Penh de Jean-Pierre Hocké (directeur des opérations au C.I.C.R.) en vue de débloquer la situation au port de Kompong Som. Il est (faussement) rassuré par les fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères. Un avion doit venir apporter des grues. Ils proposent de raccourcir le temps de trajets des avions en provenance de Bangkok sans désormais faire étape par Ho Chi Minh-Ville. Au ministère de la Santé, les autorités acceptent la venue d’une équipe médicale suédoise est acceptée. De ces belles promesses, aucune ne sera tenue… A son retour à New York, peu dupe, Hocké déclarera à la presse que l’aide alimentaire est mal distribuée et qu’elle ne pourra se poursuivre que lorsque ce point sera définitivement réglé (Shawcross, 1985, pp. 200-201).


14 décembre 79 : Zia Rizly (représentant local de l’U.N.H.C.R.) rencontre Morton Abromowitz (ambassadeur des États-Unis à Bangkok). Il estime qu’il serait beaucoup plus raisonnable que son organisme soit impliqué à la frontière plutôt que le C.I.C.R. et l’U.N.I.C.E.F. dont l’intervention devrait se cantonner à Phnom Penh. Abromowitz acquiesce. Se dessine l’idée de créer des zones de sécurité sous l’autorité de l’O.N.U., une idée qu’avait lancé début décembre le premier ministre thaïlandais Kriangsak auprès de Kurt Waldheim mais qui n’avait pu aboutir faute d’une résolution du Conseil de sécurité que l’U.R.S.S. aurait rejeté au moyen d’un véto (Shawcross, 1985, pp. 230-231). L’U.N.H.C.R. rejette cette proposition sous prétexte de l’imprécision de la frontière, certains camps étant à cheval sur la frontière où la situation demeure explosive, notamment au camp de Nong Samet, au nord d’Aranyanprathet qui est attaqué par des groupes incontrôlés (Shawcross, 1985, pp. 231-232).




15 décembre 79 : Khieu Samphan est officiellement nommé premier ministre du gouvernement du Kampuchéa Démocratique. Il succède officiellement à Pol Pot. Ce gouvernement s’est constitué dans le maquis dans la partie occidentale du Cambodge (Jennar, 1995, p. 170).



17 décembre 79 : Un congrès de la direction kr confirme Pol Pot aux postes de secrétaire général du parti, commandant en chef des forces armées et président de la Commission militaire supérieure. Il quitte par contre le poste de premier ministre. Khieu Samphan conserve le poste de « président du Kampuchéa démocratique » qu’il cumule désormais avec la fonction de premier ministre (Deron, 2009, p. 223 ; Peschoux, 1992, pp. 67-68). Son Sen demeure ministre de la Défense et Ta Mok devient chef d’état-major (Regaud, 1992, p. 79).



26 décembre 79 : Sihanouk n’exclue pas le recours à la lutte armée face à l’impasse de ses tentatives de négociation avec le Vietnam et le gouvernement provietnamien en place au Cambodge. Il s’explique dans une interview : « […] J’ai écrit trois lettres à Pham van Dong. Sans réponse. Je reste disponible… mais les Vietnamiens ne comprennent qu’une chose : le rapport de force. C’est pourquoi j’ai lancé un appel à mes partisans en faveur de la lutte armée. Je ne suis pas belliciste, loin de là. Mais il fallait le faire. Mon peuple ne comprenait plus, et face aux Vietnamiens – nouveaux Américains du Cambodge – c’est un gage  de crédibilité. Pour les autres aussi d’ailleurs. J’ai en mémoire une réflexion de l’ambassadeur américain en Chine, Léonard Woodcock, faite il y a quelques mois : « Les Khmers rouges eux se battent ! » Eh bien aujourd’hui mes partisans se battent aussi. » (cité in Regaud, 1992, p. 86)


​​​​31 décembre 79 : 250 000 réfugiés sont répartis dans 13 camps de part et d’autre de la frontière thaïlandaise. (Deron, 2009, p. 223).

​Fin 79 : Après avoir subi une véritable débâcle, les forces kr se reconstituent progressivement à la frontière thaïlandaise. Des troupes, venues de l’intérieur, après des mois de retraite, rejoignent progressivement la résistance. Certaines d’entre elles ne la rejoindront qu’en 1985-1986 (Peschoux, 1992, pp. 81-82).

​L’ambassadeur américain à Bangkok, Morton Abramowitz, qui contrairement à beaucoup de fonctionnaires estime que son pays a une grande part de responsabilité dans ce qui se passe au Cambodge et s’est jusqu’alors peu impliqué, crée au niveau de son ambassade une section spéciale (Groupe d’urgence pour le Kampuchéa) pour gérer la crise par des connaisseurs de la région qui y ont opéré durant la guerre américaine (Thimoty Carney, Lionel Rosenblatt). Il s’efforce également d’impliquer la Thaïlande et produit des écrits en direction du Département d’État décrivant le chaos que l’U.N.H.C.R. et le C.I.C.R. ont laissé s’installer à la frontière en refusant les aides qu’on leur proposait (Shawcross, 1979, pp. 168-172).

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