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par Jean-François Jagielski

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Nouvel exode massif de populations cambodgiennes vers la frontière thaïlandaise.
Nouvel exode massif de populations cambodgiennes vers la frontière thaïlandaise.
L’ambassadeur suédois à Bangkok, Jean-Christophe Oeberg, en accord avec les ambassadeurs français et américain et le premier ministre thaïlandais Kriangsak, organise des réunions discrètes courant août. Ce dernier s’attend à l’apparition d’une famine au Cambodge qui provoquera inévitablement un afflux de réfugiés vers la frontière thaïe. Sans aide extérieure ces populations ne pourront qu’être refoulées. Tout le monde est conscient que l’aide extérieure ne servira pas qu’aux civils et que les troupes kr s’en serviront. Des contacts sont pris avec Ieng Sary. Cette éventualité ne fait guère l’unanimité parmi les représentants des organismes internationaux. Des tensions apparaissent entre Oeberg, François Perez (délégué du C.I.C.R. à Bangkok), François Bugnion (premier membre de C.I.C.R. à s’être rendu au Cambodge) et Kriangsak. De plus, on diffèrera les premières livraisons par la Thaïlande tant que le gouvernement Heng Sarim n’autorisera pas l’installation de bureaux permanents du C.I.C.R. et de l’U.N.I.C.E.F. à Phnom Penh (Shawcross, 1985, pp. 121-122).




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9 - 16 août 79 : Deuxième mission de reconnaissance C.I.C.R. - U.N.I.C.E.F. à Phnom Penh par François Bugnion  et Jacques Beaumont (voir 11 juillet). Elle arrive avec un premier vol chargé d’amener des secours dans la capitale cambodgienne. Les démarches ont été longues et fastidieuses du fait des autorités vietnamiennes mais l’aide a pu parvenir en l’espace de 3 semaines par rapport à leur première visite. Tous les vols venant de Bangkok transitent par Ho Chi Minh-Ville. 4,4 tonnes de médicaments ont cependant été apportés. Les deux hommes peuvent cette fois demeurer plus longtemps sur place. Ils estiment la situation très préoccupante : anémie, malnutrition généralisée, absence de véhicules (une ambulance et aucun camion au ministère de la Santé). Les ministères manquent de tout (Shawcross, 1985, pp. 112-113).  
9 - 16 août 79 : Deuxième mission de reconnaissance C.I.C.R. - U.N.I.C.E.F. à Phnom Penh par François Bugnion  et Jacques Beaumont (voir 11 juillet). Elle arrive avec un premier vol chargé d’amener des secours dans la capitale cambodgienne. Les démarches ont été longues et fastidieuses du fait des autorités vietnamiennes mais l’aide a pu parvenir en l’espace de 3 semaines par rapport à leur première visite. Tous les vols venant de Bangkok transitent par Ho Chi Minh-Ville. 4,4 tonnes de médicaments ont cependant été apportés. Les deux hommes peuvent cette fois demeurer plus longtemps sur place. Ils estiment la situation très préoccupante : anémie, malnutrition généralisée, absence de véhicules (une ambulance et aucun camion au ministère de la Santé). Les ministères manquent de tout (Shawcross, 1985, pp. 112-113).  




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15 - 19 août 79 : Un tribunal populaire révolutionnaire provietnamien siège à Phnom Penh. II déclare Pol Pot et Ieng Sary coupables de « crime de génocide » et les condamne à la peine de mort par contumace (Ruscio, 2008, pp. 122-123 et p. 125). Les autorités vietnamiennes estiment à 500 le nombre de Cambodgiens et d’étrangers venus assister à ce procès de type stalinien. Sa tenue, avec une débauche de moyens superflus dans un pays ruiné, paraît ubuesque aux représentants de l’O.N.U. venus sur place (Shawcross, 1985, pp. 114-115).
15 - 19 août 79 : Un tribunal populaire révolutionnaire provietnamien de style stalinien siège à Phnom Penh. II déclare Pol Pot et Ieng Sary coupables de « crime de génocide » et les condamne à la peine de mort par contumace (Ruscio, 2008, pp. 122-123 et p. 125). C’est à cette occasion qu’est utilisé pour la première fois le terme de « génocide » qui ne fera pas consensus du point de vue juridique si l’on se réfère à la convention de l’O.N.U. du 9 décembre 1948 (Margolin, 2021, pp. 15-20). Les autorités vietnamiennes estiment à 500 le nombre de Cambodgiens et d’étrangers venus assister à ce procès de style stalinien. Sa tenue, avec une débauche de moyens superflus dans un pays ruiné, paraît ubuesque aux représentants de l’O.N.U. venus sur place (Shawcross, 1985, pp. 114-115).
 




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27 août 79 : François Perez (délégué du C.I.C.R. à Bangkok) informe le premier ministre thaïlandais Kriangsak que l’opération humanitaire à la frontière est retardée. Ce dernier est furieux car un équilibre doit être trouvé entre la situation à Phnom Penh et celle de la frontière khméro-thaïlandaise qui devient une urgence absolue (Shawcross, 1985, p. 122).
29 - 30 août 79 : Troisième mission U.N.I.C.E.F. - C.I.C.R. au Cambodge. 20 tonnes d’aide sont acheminées en provenance de Bangkok par Beaumont (U.N.I.C.E.F.), Bugnion (C.I.C.R.) et Dominique De Ziegler (médecin du C.I.C.R.). Ils découvrent qu’aucune décision n’a été prise par les autorités de Phnom Penh à propos du programme d’aide qu’ils avaient soumis le 10 août. Nombreux dirigeants sont absents car partis à l’étranger (pays de l’Est, La Havane)… (Shawcross, 1985, p. 127)
François Perez (délégué du C.I.C.R. à Bangkok), Jean-Christophe Oeberg (ambassadeur de Suède à Bangkok), Morton Abramowitz (ambassadeur des États-Unis à Bangkok) et les représentants de l’U.N.I.C.E.F. rencontrent Ieng Sary. Ce dernier estime qu’environ un million de civils ont besoin d’une aide immédiate. Perez répond que le C.I.C.R. doit d’abord effectuer une enquête dans les zones sous contrôle des KR. A l’issue de la réunion, Oeberg suggère à Abramowitz de « taper du point sur la table » à Genève et de réveiller Washington de sa torpeur (Shawcross, 1985, pp. 122-123).




29 - 30 août 79 : Troisième mission U.N.I.C.E.F. - C.I.C.R. au Cambodge.








Fin août 79 : Le secrétaire d’État Cyrus Vance (administration Carter) écrit aux gouvernements canadien, australien, japonais et européen pour soutenir l’appel du C.I.C.R. en faveur du Cambodge. Charles Egger (directeur adjoint de l’U.N.I.C.E.F.) contacte Jacques Beaumont (U.N.I.C.E.F.) à Bangkok et évoque avec lui la nécessité « d’envisager une dimension bien au-delà des ressources U.N.I.C.E.F.-C.I.C.R. ». Selon lui, « on se rend mieux compte au secrétariat des Nations unies qu’une situation sérieuse pourra exiger un bien plus grand effort », tout en demandant une totale discrétion dans la communication pour « ne traiter  que des projets en cours d’exécution » (Shawcross, 1985, p. 123).




​​31 août 79 : Création, à Soeung (province de Battambang) du Mouvement de Libération Nationale du Kampuchéa (''Moulinaka'') par Kong Sileah, ancien capitaine de la marine et Nhem Sophonn, ancien officier parachutiste sous Lon Lol. Le mouvement fait allégeance à Sihanouk. Au moment de la création de l’A.N.S. (voir 1<sup>er</sup> mai 1981), il comptera 700 hommes armés (Regaud, 1992, p. 87).
 
 
 
31 août 79 : Création, à Soeung (province de Battambang) du Mouvement de Libération Nationale du Kampuchéa (''Moulinaka'') par Kong Sileah, ancien capitaine de la marine et Nhem Sophonn, ancien officier parachutiste sous Lon Lol. Le mouvement fait allégeance à Sihanouk. Au moment de la création de l’A.N.S. (voir 1<sup>er</sup> mai 1981), il comptera 700 hommes armés (Regaud, 1992, p. 87).


À Phnom Penh, l’aéroport de Pochentong est rouvert. Deux lignes sont desservies : l’une vers Hanoï, l’autre vers Ho Chi Minh Ville.
À Phnom Penh, l’aéroport de Pochentong est rouvert. Deux lignes sont desservies : l’une vers Hanoï, l’autre vers Ho Chi Minh Ville.
Kurt Waldheim (secrétaire général de l’O.N.U.) déclare à Henry Labouisse (directeur de l’U.N.I.C.E.F.) que les pays donateurs (U.S.A., Canada) le presse de prendre des initiatives beaucoup plus fermes à propos du Cambodge. Waldheim entend nommer l’U.N.I.C.E.F. comme « agence directrice », malgré ses réserves, et sans définir clairement ce qu’il entendait clairement par ces termes et lui donner une autorité réelle, notamment financière (Shawcross, 1985, pp. 124-125).  

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Août 79 : Nguyen  Co Tach, ministre des affaires étrangères du Vietnam, refuse toute discussion sur le sort du Cambodge. Il déclare : « La situation au Cambodge est irréversible. » L’occupation du pays durera en effet jusqu’en 1989 quoiqu’en dise la Chine qui lui a rétorqué : « La tâche urgente en ce qui concerne le Cambodge est de forcer le Vietnam à se retirer du pays. » (cité in Richer, 2009, p. 80) Selon le même, l’exode des boat people pourrait durer encore plusieurs années et le nombre de réfugiés atteindre les trois millions (Regaud, 1992, p. 169).

Nouvel exode massif de populations cambodgiennes vers la frontière thaïlandaise.

L’ambassadeur suédois à Bangkok, Jean-Christophe Oeberg, en accord avec les ambassadeurs français et américain et le premier ministre thaïlandais Kriangsak, organise des réunions discrètes courant août. Ce dernier s’attend à l’apparition d’une famine au Cambodge qui provoquera inévitablement un afflux de réfugiés vers la frontière thaïe. Sans aide extérieure ces populations ne pourront qu’être refoulées. Tout le monde est conscient que l’aide extérieure ne servira pas qu’aux civils et que les troupes kr s’en serviront. Des contacts sont pris avec Ieng Sary. Cette éventualité ne fait guère l’unanimité parmi les représentants des organismes internationaux. Des tensions apparaissent entre Oeberg, François Perez (délégué du C.I.C.R. à Bangkok), François Bugnion (premier membre de C.I.C.R. à s’être rendu au Cambodge) et Kriangsak. De plus, on diffèrera les premières livraisons par la Thaïlande tant que le gouvernement Heng Sarim n’autorisera pas l’installation de bureaux permanents du C.I.C.R. et de l’U.N.I.C.E.F. à Phnom Penh (Shawcross, 1985, pp. 121-122).


3 août 79 : Du fait d’un exode massif de population vers la frontière thaïlandaise, le C.I.C.R. et l’U.N.I.C.E.F. annoncent que 2,5 millions de Cambodgiens risquent de mourir de faim, d’épuisement et de maladie. Début d’une mobilisation humanitaire internationale. L'aide humanitaire, qui afflue vers les camps en transitant par les Forces armées royales thaïlandaises permet, sans le vouloir, aux troupes khmères rouges à se remettre sur pied en la détournant.

9 - 16 août 79 : Deuxième mission de reconnaissance C.I.C.R. - U.N.I.C.E.F. à Phnom Penh par François Bugnion  et Jacques Beaumont (voir 11 juillet). Elle arrive avec un premier vol chargé d’amener des secours dans la capitale cambodgienne. Les démarches ont été longues et fastidieuses du fait des autorités vietnamiennes mais l’aide a pu parvenir en l’espace de 3 semaines par rapport à leur première visite. Tous les vols venant de Bangkok transitent par Ho Chi Minh-Ville. 4,4 tonnes de médicaments ont cependant été apportés. Les deux hommes peuvent cette fois demeurer plus longtemps sur place. Ils estiment la situation très préoccupante : anémie, malnutrition généralisée, absence de véhicules (une ambulance et aucun camion au ministère de la Santé). Les ministères manquent de tout (Shawcross, 1985, pp. 112-113).




11 août 79 : Dans un article du journal Le Monde, Lionel Jospin (n° 2 du parti socialiste français) évoque pour la première fois une solution politique au Cambodge par le biais d’une conférence internationale où seraient invitées toutes les factions autour d’un leader, Sihanouk. Il préconise que les futures élections soient contrôlées par l’O.N.U. (Cambacérès, 2013, p. 273 ; Le Monde du 11 août 1979).


15 - 19 août 79 : Un tribunal populaire révolutionnaire provietnamien de style stalinien siège à Phnom Penh. II déclare Pol Pot et Ieng Sary coupables de « crime de génocide » et les condamne à la peine de mort par contumace (Ruscio, 2008, pp. 122-123 et p. 125). C’est à cette occasion qu’est utilisé pour la première fois le terme de « génocide » qui ne fera pas consensus du point de vue juridique si l’on se réfère à la convention de l’O.N.U. du 9 décembre 1948 (Margolin, 2021, pp. 15-20). Les autorités vietnamiennes estiment à 500 le nombre de Cambodgiens et d’étrangers venus assister à ce procès de style stalinien. Sa tenue, avec une débauche de moyens superflus dans un pays ruiné, paraît ubuesque aux représentants de l’O.N.U. venus sur place (Shawcross, 1985, pp. 114-115).



26 août 79 : Arrivée à Phnom Penh de John Howard, représentant britannique du Comité d’Oxford contre la Faim (Oxfam), la plus grande O.N.G. britannique (Shawcross, 1985, pp. 115-116).


27 août 79 : François Perez (délégué du C.I.C.R. à Bangkok) informe le premier ministre thaïlandais Kriangsak que l’opération humanitaire à la frontière est retardée. Ce dernier est furieux car un équilibre doit être trouvé entre la situation à Phnom Penh et celle de la frontière khméro-thaïlandaise qui devient une urgence absolue (Shawcross, 1985, p. 122).


29 - 30 août 79 : Troisième mission U.N.I.C.E.F. - C.I.C.R. au Cambodge. 20 tonnes d’aide sont acheminées en provenance de Bangkok par Beaumont (U.N.I.C.E.F.), Bugnion (C.I.C.R.) et Dominique De Ziegler (médecin du C.I.C.R.). Ils découvrent qu’aucune décision n’a été prise par les autorités de Phnom Penh à propos du programme d’aide qu’ils avaient soumis le 10 août. Nombreux dirigeants sont absents car partis à l’étranger (pays de l’Est, La Havane)… (Shawcross, 1985, p. 127)

François Perez (délégué du C.I.C.R. à Bangkok), Jean-Christophe Oeberg (ambassadeur de Suède à Bangkok), Morton Abramowitz (ambassadeur des États-Unis à Bangkok) et les représentants de l’U.N.I.C.E.F. rencontrent Ieng Sary. Ce dernier estime qu’environ un million de civils ont besoin d’une aide immédiate. Perez répond que le C.I.C.R. doit d’abord effectuer une enquête dans les zones sous contrôle des KR. A l’issue de la réunion, Oeberg suggère à Abramowitz de « taper du point sur la table » à Genève et de réveiller Washington de sa torpeur (Shawcross, 1985, pp. 122-123).




Fin août 79 : Le secrétaire d’État Cyrus Vance (administration Carter) écrit aux gouvernements canadien, australien, japonais et européen pour soutenir l’appel du C.I.C.R. en faveur du Cambodge. Charles Egger (directeur adjoint de l’U.N.I.C.E.F.) contacte Jacques Beaumont (U.N.I.C.E.F.) à Bangkok et évoque avec lui la nécessité « d’envisager une dimension bien au-delà des ressources U.N.I.C.E.F.-C.I.C.R. ». Selon lui, « on se rend mieux compte au secrétariat des Nations unies qu’une situation sérieuse pourra exiger un bien plus grand effort », tout en demandant une totale discrétion dans la communication pour « ne traiter  que des projets en cours d’exécution » (Shawcross, 1985, p. 123).



31 août 79 : Création, à Soeung (province de Battambang) du Mouvement de Libération Nationale du Kampuchéa (Moulinaka) par Kong Sileah, ancien capitaine de la marine et Nhem Sophonn, ancien officier parachutiste sous Lon Lol. Le mouvement fait allégeance à Sihanouk. Au moment de la création de l’A.N.S. (voir 1er mai 1981), il comptera 700 hommes armés (Regaud, 1992, p. 87).

À Phnom Penh, l’aéroport de Pochentong est rouvert. Deux lignes sont desservies : l’une vers Hanoï, l’autre vers Ho Chi Minh Ville.

Kurt Waldheim (secrétaire général de l’O.N.U.) déclare à Henry Labouisse (directeur de l’U.N.I.C.E.F.) que les pays donateurs (U.S.A., Canada) le presse de prendre des initiatives beaucoup plus fermes à propos du Cambodge. Waldheim entend nommer l’U.N.I.C.E.F. comme « agence directrice », malgré ses réserves, et sans définir clairement ce qu’il entendait clairement par ces termes et lui donner une autorité réelle, notamment financière (Shawcross, 1985, pp. 124-125).  

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