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Au « site 2 » situé au pied des monts Dangrek à 2 km de la frontière résident les sympathisants du F.N.L.K.P. de Son Sann. Au « site B » situé au sud de Surin en Thaïlande vivent 50 000 personnes sous le contrôle du F.U.N.C.I.N.P.E.C. sihanoukiste. Au « site 8 », situé à une quarantaine au sud de la ville frontière d’Aranyaprathet, se trouvent des réfugiés sous le contrôle des KR. Ce camp deviendra progressivement l’une des « vitrines » des « nouveaux » KR lorsqu’ils l’ouvriront au C.I.C.R. à la fin des années 1980 (Cambacérès, 2013, p. 274 ; Peschoux, 1992, pp. 94-96). | Au « site 2 » situé au pied des monts Dangrek à 2 km de la frontière résident les sympathisants du F.N.L.K.P. de Son Sann. Au « site B » situé au sud de Surin en Thaïlande vivent 50 000 personnes sous le contrôle du F.U.N.C.I.N.P.E.C. sihanoukiste. Au « site 8 », situé à une quarantaine au sud de la ville frontière d’Aranyaprathet, se trouvent des réfugiés sous le contrôle des KR. Ce camp deviendra progressivement l’une des « vitrines » des « nouveaux » KR lorsqu’ils l’ouvriront au C.I.C.R. à la fin des années 1980 (Cambacérès, 2013, p. 274 ; Peschoux, 1992, pp. 94-96). | ||
Déclaration de Deng Xiaoping en vue de protéger la Thaïlande. Il affirme que « si le Vietnam attaque les pays de l’A.S.E.A.N., la Chine se rangera de leur côté. Si le Vietnam attaque la Thaïlande, la Chine se rangera du côté de la Thaïlande. » (Regaud, 1992, p. 172). | |||
5 octobre 79 : Knud Christensen du C.I.C.R., désigné pour remplacer François Bugnion à Phnom Penh, se voit refuser son entrée au Cambodge dès son arrivée à l’aéroport (Shawcross, 1985, p. 143). | |||
Les Thaïlandais ravitaillent environ 40 000 personnes, sous contrôle kr, au sud d’Aranyaprathet. A ce moment, on estime à 100 000 le nombre de réfugiés massés aux abords de la frontière khméro-thaïlandaise (Shawcross, 1985, p. 150). | |||
6 octobre 79 : Alors que Brian Walker (directeur de l’Oxfam) tente toujours de négocier une intervention de son agence dans les zones occupées par les KR, Jacques Beaumont, représentant local de l’U.N.I.C.E.F. apprend que '''tout le personnel du C.I.C.R. et de l’U.N.I.C.E.F. doivent quitter le Cambodge'''. Il en informe son directeur Henry Labouisse à New York qui transmet à Waldheim. Ce dernier prend contact avec Pham Van Dong (premier ministre vietnamien) et lui rappelle le caractère purement humanitaire de l’intervention des organismes onusiens. François Bugnion (C.I.C.R.), profondément découragé, quitte le Cambodge pour se rendre à Genève (Shawcross, 1985, pp. 143-144). | |||
Le ''New York Times'' rend compte de la situation au Cambodge en employant le mot « holocauste » et ajoute : « Nous ne voulons pas avoir à nous dire, si le pire arrive, que nous sommes contentés d’avoir le cœur brisé. » (cité ''in'' Shawcross, 1985, p. 145) De son côté, à la même période, la propagande vietnamienne et celle du gouvernement de Phnom Penh affirment que l’aide venue de l’U.R.S.S. et des pays frères avait donné « mille fois plus » que l’Occident. Ce qu’aucun journaliste occidental sur place n’a pu constater… | |||
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13 octobre 79 : Après de longues tractations au cours desquelles les autorités en place à Phnom Penh ont vainement tenté de lier l’octroi d’aides humanitaires à la reconnaissance du nouveau régime, la R.P.K. accepte le principe d’une action internationale en vue de lutter contre la famine qui sévit dans le pays. Début d’un pont aérien quotidien qui amène vivres et médicaments de Bangkok à Phnom Penh. Avec les secours arrivent les journalistes et le monde découvre progressivement l’ampleur de la tragédie cambodgienne. | 13 octobre 79 : Après de longues tractations au cours desquelles les autorités en place à Phnom Penh ont vainement tenté de lier l’octroi d’aides humanitaires à la reconnaissance du nouveau régime, la R.P.K. accepte le principe d’une action internationale en vue de lutter contre la famine qui sévit dans le pays. Début d’un pont aérien quotidien qui amène vivres et médicaments de Bangkok à Phnom Penh. Avec les secours arrivent les journalistes et le monde découvre progressivement l’ampleur de la tragédie cambodgienne. | ||
Arrivée à Kompong Som d’un premier bateau de ravitaillement. Il est inspecté le lendemain par les autorités. Le port est complètement dénué de moyens logistiques. Il faut 5 jours pour tout débarquer à dos d’hommes (Shawcross, 1985, p. 147). | |||
François Bugnion (C.I.C.R.), après avoir séjourné à Genève, est de retour à Phnom Penh au moyen d’un avion britannique chargé de ravitaillement. Muni d’un émetteur-radio, celui-ci lui est confisqué par les autorités dès son arrivée (Shawcross, 1985, p. 150). | |||
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Début des liaisons aériennes quotidiennes entre Bangkok et Phnom Penh assurées par un avion du C.I.C.R. | Début des liaisons aériennes quotidiennes entre Bangkok et Phnom Penh assurées par un avion du C.I.C.R. | ||
Réunion houleuse d’une durée de 4 heures en présence de Hun Sen (ministre des Affaires étrangères), François Bugnion (C.I.C.R.), Jacques Beaumont (U.N.I.C.E.F.), Knud Christensen (C.I.C.R., qui a obtenu cette fois un visa d’entrée, voir 5 octobre). Bugnion qui revient de Genève prend la parole et évoque l’aide-mémoire gouvernemental qui lui avait été remis le 28 septembre. Il précise que le C.I.C.R. et l’U.N.I.C.E.F. acceptent les deux premiers points du mémorandum mais que le troisième pose toujours problème par rapport à ce qui a été discuté récemment à Genève. Il rappelle la position thaïlandaise : distribution de secours à Phnom Penh à condition que cela se fasse sous la seule autorité du C.I.C.R. et de l’U.N.I.C.E.F. Il fait comprendre à Hun Sen qu’à moins d’accepter la présence des deux instances onusiennes sur la frontière, l’aide occidentale disparaitra dans tout le Cambodge. Le ton monte et Hun Sen déclare alors : « Il est préférable de mourir de famine plutôt que de recevoir une assistance empoisonnée. » Bugnion lui demande de retirer cette parole mais son interlocuteur n’en démord pas. On marque une pause. A la reprise, Hun Sen a une position plus modérée et suggère que la Mission conjointe démarre son programme et que les discussions litigieuses sur le troisième point (la frontière) se poursuivent. Les deux parties font donc des concessions sans qu’un véritable accord soit véritablement trouvé (Shawcross, 1985, pp. 150-152). | |||
16 octobre 79 : Le sénateur Edward Kennedy préside au Sénat américain une première série d’auditions au sujet de l’aide humanitaire au Cambodge. Il déclare : « Nous sommes ici face à un holocauste qui n’est pas le produit d’une idéologie, mais le résultat d’une indifférence bureaucratique et politique. L’histoire ne nous pardonnera pas si nous laissons un peuple entier s’éteindre alors que nous avons les moyens de les nourrir. » Il définit trois priorités : l’urgence absolue (2 millions de Cambodgiens risquent de mourir de faim) ; la priorité de l’humanitaire sur le politique (dans un pays occupé par les Vietnamiens) ; la nécessité d’établir un pont terrestre à partir de la Thaïlande. | |||
17 octobre 79 : Le général Kriangsak Chamanand, premier ministre thaï se rend sur la zone frontière avec des militaires. Ils estiment à 155 000 le nombre de réfugiés et constatent leur profond dénuement. Il en est de même pour les troupes kr qui sont au bord de l’effondrement. Les militaires thaïs recommandent de donner asile aux KR afin qu’ils puissent se reconstituer en forces combattantes pour faire face aux Vietnamiens (Shawcross, 1985, p. 162). | |||
18 octobre 79 : Le premier ministre thaïlandais revient à la frontière avec les ambassadeurs suédois, danois et canadien. Il leur déclare que ses récentes visites ont changé à « cent pour cent » sa manière de voir les choses. '''Désormais tout réfugié cambodgien ou laotien sera admis sans la condition préalable d’une réinstallation ultérieure dans un pays tiers et autorise une politique de « porte ouverte ».''' La Thaïlande ne rapatriera plus personne. L’ambassadeur du Danemark affirme que cette décision va améliorer l’image de la Thaïlande dans le monde et facilitera les demandes d’aide. Il recommande immédiatement à son gouvernement de débloquer des fonds spéciaux (Shawcross, 1985, p. 162). | |||
19 octobre 79 : Le général Kriangsak Chamanand, premier ministre thaï, rend publique ses décisions de la veille. Il ouvre la frontière aux réfugiés qui seront dirigés rapidement dans des centres d’hébergement que le gouvernement entend construire avec l’aide de l’U.N.H.C.R. | |||
L’U.N.I.C.E.F. et le C.I.C.R., soutenus par Kurt Waldheim, lancent un appel à l’aide internationale. Le secrétaire général de l’O.N.U déclare : « La communauté internationale est témoin d’une tragédie, dont les proportions sont peut-être sans parallèle dans l’Histoire. Je fais naturellement allusion au sort du peuple cambodgien. Voici un pays qui, selon les estimations les plus fréquentes, a perdu la moitié de sa population. Le peuple cambodgien souffre d’une misère et de privations immenses. Il faut faire face au manque de nourriture, de médicaments et de transports. La malnutrition est effrayante surtout parmi les enfants dont 90 % sont gravement sous-alimentés. » (cité ''in'' Shawcross, 1985, pp. 162-163) Il se justifie du retard pris devant les journalistes par le fait que jusqu’alors l’aide ne doit bénéficier qu’aux civils et non aux belligérants. Il passe volontairement sous silence les contacts qui ont été pris avec Ieng Sary à Bangkok. Il précise que l’U.N.I.C.E.F. a eu des conversations avec des représentants du KD tout en précisant que leur objet a été purement humanitaire (Shawcross, 1985, pp. 163-164). '''Ce revirement lié à une politique de « porte ouverte » thaïlandaise jette logiquement l’U.N.H.C.R. dans une crise d’impréparation.''' | |||
20 octobre 79 : Création d’une association des journalistes de la R.P.K. | 20 octobre 79 : Création d’une association des journalistes de la R.P.K. | ||
Rencontre entre Hun Sen et Guy Stinger (Oxfam). Le premier accepte l’aide du C.I.C.R. et de l’U.N.I.C.E.F. bien que les organisations onusiennes aient refusé de ne pas intervenir à la frontière (voir 14 octobre). Il y a donc revirement. Stinger en conclut que l’action de l’Oxfam doit désormais s’orienter sur la question du développement du pays (production agricole, semences et irrigation, vaccination, rétablissement des réseaux d’eau). Toutefois, d’une certaine façon, il y a rupture entre l’agence britannique et celles de l’O.N.U. (Shawcross, 1985, pp. 155-156). | |||
22 octobre 79 : Le colonel thaïlandais Sanan Kachornkran, lié depuis le début à la crise frontalière, informe l’U.N.H.C.R. de Bangkok que l’armée allait livrer plus de 90 000 « immigrants illégaux » au H.C.R. dans les 48 heures. '''Pour la première fois le gouvernement thaïlandais lui donne une autorité opérationnelle''' puisque jusqu’alors tout était géré par le ministère de l’Intérieur (le H.C.R. ne payait que les factures). '''Le H.C.R., qui habituellement paie mais délègue, se voit donc contraint d’établir des camps dans l’urgence absolue pour les 24 et 27 octobre en ayant recours aux différents organismes humanitaires sur place''' (Shawcross, 1985, pp. 165-166). | |||
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24 octobre 79 : Ouverture du « centre d’accueil » de Sa Keo en Thaïlande qui accueille 31 000 réfugiés venant de la zone contrôlée par les KR au sud d’Aranyaprathet. Parmi eux quelques soldats kr et leurs familles. L’installation sous les pluies de mousson se fait dans une pagaille indescriptible. Alors que les personnes arrivent dans un état lamentable le camp ne disposera à ses débuts que de trois médecins et un infirmier. 30 personnes y meurent par jour. Pour autant, le C.I.C.R. refuse les offres d’aide de médecins et d’infirmières venant du monde entier ou de Thaïlande et un désordre absolu y règne par manque de prévision (Shawcross, 1985, pp. 166-168). | |||
Aux États-Unis, des représentants de l’Église et des agences d’aide, sous la conduite du révérend Théodore Hesburgh (président de l’université Notre Dame), de Terence Cook (cardinal de New York) se réunissent à Washington pour lancer un appel d’aide en faveur du Cambodge. Ils s’engagent à intervenir auprès de Jimmy Carter pour obtenir des subsides, impliquer l’administration américaine (peu active jusqu’alors). Ils font référence entre ce qui se passe actuellement au Cambodge et ce qui a eu lieu au moment de l’Holocauste en Europe : « Beaucoup n’ont pas bougé alors, se sont excusés plus tard sous le prétexte qu’ils ne savaient pas l’étendue de ce qui se passait et ont juré de ne plus rester passifs devant la tentative de destruction d’une nation. Mais ce qui a eu lieu au Cambodge est un gigantesque attentat contre le droit humain fondamental à la vie. Nous ne pouvons pas dire que nous ne le savons pas et nous ne pouvons pas nous permettre que des difficultés politiques, financières ou techniques conduisent à un autre holocauste. » (cité ''in'' Shawcross, 1985, p. 173) | |||
Pressé par les événements (voir 16 octobre) et une pression médiatique, Carter réagit immédiatement à cette lettre en provoquant une conférence de presse à la Maison Blanche en présence Hesburgh et Cook durant laquelle il annonce immédiatement une aide exceptionnelle des États-Unis passant de 7 à 70 millions de dollars (Shawcross, 1985, pp. 173-174). | |||
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27 octobre 79 : Le gouvernement de Phnom Penh (provietnamien) refuse d’accéder à une demande de sénateurs américains visant à livrer une assistance urgente aux populations affamées par voie de terre depuis la Thaïlande. La démarche est qualifiée de « manœuvre impérialiste ayant pour but de venir au secours de Pol Pot ». (Deron, 2009, p. 223) | 27 octobre 79 : Le gouvernement de Phnom Penh (provietnamien) refuse d’accéder à une demande de sénateurs américains visant à livrer une assistance urgente aux populations affamées par voie de terre depuis la Thaïlande. La démarche est qualifiée de « manœuvre impérialiste ayant pour but de venir au secours de Pol Pot ». (Deron, 2009, p. 223) | ||
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29 octobre 79 : Zia Rizvi accompagné de Leslie Goodyear (chef du protocole au Nations Unies, sur le départ) sont reçus par l’ambassadeur américain en Thaïlande, Morton Abromowitz. Ce dernier les sermonne à propos de la piètre gestion du camp de Sa Kaeo : « Tandis que les Thaïs avaient largement contribué à la pagaille [suite à leur revirement, voir 22 octobre], l’U.N.H.C.R. n’avait pas prévu de plans d’urgence pour des centres d’hébergement dont tout le monde savait qu’on aurait besoin et n’avaient pas réussi à faire bon usage des quarante-huit heures de préavis que leur avait données les Thaïs avant l’arrivée des réfugiés. » Rizvi, qui doit remplacer Goodyear, convient des défaillances et s’engage à construire un nouveau camp immédiatement (Shawcross, 1985, p. 175). | |||
30 octobre 79 : Rizvi et d’autres représentants de l’U.N.H.C.R. rencontrent le vice-maréchal de l’air thaïlandais Siddhi (voir 11 septembre). Ce dernier demande à ce que l’organisme se prépare à accueillir 300 000 réfugiés. Rizli accepte mais demande à ce que les Thaïlandais acceptent que l’U.N.H.C.R. ait un rôle de coordinateur. Or, depuis septembre, Siddhi a autorisé 2 agences à travailler sur la frontière, l’U.N.H.C.R. et l’U.N.I.C.E.F. Il ne peut revenir là-dessus. Rizli retourne voir Ambromowitz et évoque avec lui les obstacles bureaucratiques des agences onusiennes et leurs querelle de préséance face à l’urgence de la situation… (Shawcross, 1985, pp. 175-176) | |||
Fin octobre 79 : Les organisations internationales présentes en Thaïlande finissent par réagir aux critiques de l’ambassade américaine (Abramowitz) et de certains pays donateurs. Jean-Pierre Hocké (directeur du département action au C.I.C.R.) reconnaît à New York devant les donateurs que son institution a été lente à réagir. 20 médecins et 80 infirmières sont en partance pour la Thaïlande. A Genève, l’U.N.H.C.R. décide d’envoyer une équipe de haut niveau dirigée par Zia Rizvi (Shawcross, 1985, p. 174). | |||
Dernière version du 12 janvier 2026 à 11:16
Octobre 79 : En octobre, le nombre de réfugiés cambodgiens dans les camps à la frontière thaïlandaise s’élève entre 150 000 et 200 000 personnes. Il sera de 650 000 fin 1985. Preuve que les Vietnamiens ne parviennent à gagner ni les cœurs ni les esprits. Ces réfugiés sont progressivement regroupés en « sites » placés sous le contrôle des trois composantes de la « coalition » antivietnamienne.
Au « site 2 » situé au pied des monts Dangrek à 2 km de la frontière résident les sympathisants du F.N.L.K.P. de Son Sann. Au « site B » situé au sud de Surin en Thaïlande vivent 50 000 personnes sous le contrôle du F.U.N.C.I.N.P.E.C. sihanoukiste. Au « site 8 », situé à une quarantaine au sud de la ville frontière d’Aranyaprathet, se trouvent des réfugiés sous le contrôle des KR. Ce camp deviendra progressivement l’une des « vitrines » des « nouveaux » KR lorsqu’ils l’ouvriront au C.I.C.R. à la fin des années 1980 (Cambacérès, 2013, p. 274 ; Peschoux, 1992, pp. 94-96).
Déclaration de Deng Xiaoping en vue de protéger la Thaïlande. Il affirme que « si le Vietnam attaque les pays de l’A.S.E.A.N., la Chine se rangera de leur côté. Si le Vietnam attaque la Thaïlande, la Chine se rangera du côté de la Thaïlande. » (Regaud, 1992, p. 172).
5 octobre 79 : Knud Christensen du C.I.C.R., désigné pour remplacer François Bugnion à Phnom Penh, se voit refuser son entrée au Cambodge dès son arrivée à l’aéroport (Shawcross, 1985, p. 143).
Les Thaïlandais ravitaillent environ 40 000 personnes, sous contrôle kr, au sud d’Aranyaprathet. A ce moment, on estime à 100 000 le nombre de réfugiés massés aux abords de la frontière khméro-thaïlandaise (Shawcross, 1985, p. 150).
6 octobre 79 : Alors que Brian Walker (directeur de l’Oxfam) tente toujours de négocier une intervention de son agence dans les zones occupées par les KR, Jacques Beaumont, représentant local de l’U.N.I.C.E.F. apprend que tout le personnel du C.I.C.R. et de l’U.N.I.C.E.F. doivent quitter le Cambodge. Il en informe son directeur Henry Labouisse à New York qui transmet à Waldheim. Ce dernier prend contact avec Pham Van Dong (premier ministre vietnamien) et lui rappelle le caractère purement humanitaire de l’intervention des organismes onusiens. François Bugnion (C.I.C.R.), profondément découragé, quitte le Cambodge pour se rendre à Genève (Shawcross, 1985, pp. 143-144).
Le New York Times rend compte de la situation au Cambodge en employant le mot « holocauste » et ajoute : « Nous ne voulons pas avoir à nous dire, si le pire arrive, que nous sommes contentés d’avoir le cœur brisé. » (cité in Shawcross, 1985, p. 145) De son côté, à la même période, la propagande vietnamienne et celle du gouvernement de Phnom Penh affirment que l’aide venue de l’U.R.S.S. et des pays frères avait donné « mille fois plus » que l’Occident. Ce qu’aucun journaliste occidental sur place n’a pu constater…
9 octobre 79 : Alors que les Khmers rouges ont dû céder le pouvoir à la république populaire du Kampuchéa mise en place par les Vietnamiens, Son Sann (ex-premier ministre de 1967 à 1969) fonde en territoire cambodgien le Front national de libération du peuple khmer (F.N.L.P.K.) d’inspiration républicaine, pour s’opposer au régime provietnamien de Phnom Penh sans pour autant cautionner un retour des Khmers Rouges.
Le manifeste du F.N.L.K.P. indique que le Front se donne « pour mission d’unir tous les patriotes, combattants nationaux khmers de toutes tendances politiques, à l’intérieur du pays, pour conjuguer nos efforts, nos moyens et nos actions en vue de chasser les envahisseurs de notre territoire. » Le front s’assigne trois objectifs : libérer le pays de la domination étrangère, empêcher le retour au pouvoir des KR et reconstruire le pays.
Son Sann rencontrera ultérieurement et secrètement Pol Pot. Un accord de non-agression sera conclu. En échange, la Chine s’engage à fournir des armes aux nationalistes. 3 000 armes légères seront fournies dès novembre (Regaud, 1992, p. 82). Agé, inconnu de la plupart des Cambodgiens, peu enclin à être un chef de guerre, Son Sann demeure cependant la seule alternative entre le provietnamien Heng Sarim et les KR jusqu’au retour de Sihanouk et la création de l’A.N.S. en mai 1981. Il est d’entrée soutenu financièrement par la C.I.A., les pays de l’A.S.E.A.N. et quelques pays européens. Politiquement au Cambodge, du moins à ses débuts, le F.N.L.K.P. est soutenu par Sihanouk mais ses partisans sont rapidement marginalisés par d’anciens éléments droitiers partisans de Lon Lol ou d’anciens membres du Parti démocrate qui ont toujours été opposés au prince.
12 octobre 79 : Rencontre entre Pen Sovan (ministre de la Défense de la R.P.K. provietnamienne) et Brejnev à Moscou.
13 octobre 79 : Après de longues tractations au cours desquelles les autorités en place à Phnom Penh ont vainement tenté de lier l’octroi d’aides humanitaires à la reconnaissance du nouveau régime, la R.P.K. accepte le principe d’une action internationale en vue de lutter contre la famine qui sévit dans le pays. Début d’un pont aérien quotidien qui amène vivres et médicaments de Bangkok à Phnom Penh. Avec les secours arrivent les journalistes et le monde découvre progressivement l’ampleur de la tragédie cambodgienne.
Arrivée à Kompong Som d’un premier bateau de ravitaillement. Il est inspecté le lendemain par les autorités. Le port est complètement dénué de moyens logistiques. Il faut 5 jours pour tout débarquer à dos d’hommes (Shawcross, 1985, p. 147).
François Bugnion (C.I.C.R.), après avoir séjourné à Genève, est de retour à Phnom Penh au moyen d’un avion britannique chargé de ravitaillement. Muni d’un émetteur-radio, celui-ci lui est confisqué par les autorités dès son arrivée (Shawcross, 1985, p. 150).
14 octobre 79 : De nouveaux départements sont créés au sein du Conseil Populaire révolutionnaire du Kampuchéa (C.P.R.K.) qui prend de plus en plus les apparences d’un gouvernement classique.
Début des liaisons aériennes quotidiennes entre Bangkok et Phnom Penh assurées par un avion du C.I.C.R.
Réunion houleuse d’une durée de 4 heures en présence de Hun Sen (ministre des Affaires étrangères), François Bugnion (C.I.C.R.), Jacques Beaumont (U.N.I.C.E.F.), Knud Christensen (C.I.C.R., qui a obtenu cette fois un visa d’entrée, voir 5 octobre). Bugnion qui revient de Genève prend la parole et évoque l’aide-mémoire gouvernemental qui lui avait été remis le 28 septembre. Il précise que le C.I.C.R. et l’U.N.I.C.E.F. acceptent les deux premiers points du mémorandum mais que le troisième pose toujours problème par rapport à ce qui a été discuté récemment à Genève. Il rappelle la position thaïlandaise : distribution de secours à Phnom Penh à condition que cela se fasse sous la seule autorité du C.I.C.R. et de l’U.N.I.C.E.F. Il fait comprendre à Hun Sen qu’à moins d’accepter la présence des deux instances onusiennes sur la frontière, l’aide occidentale disparaitra dans tout le Cambodge. Le ton monte et Hun Sen déclare alors : « Il est préférable de mourir de famine plutôt que de recevoir une assistance empoisonnée. » Bugnion lui demande de retirer cette parole mais son interlocuteur n’en démord pas. On marque une pause. A la reprise, Hun Sen a une position plus modérée et suggère que la Mission conjointe démarre son programme et que les discussions litigieuses sur le troisième point (la frontière) se poursuivent. Les deux parties font donc des concessions sans qu’un véritable accord soit véritablement trouvé (Shawcross, 1985, pp. 150-152).
16 octobre 79 : Le sénateur Edward Kennedy préside au Sénat américain une première série d’auditions au sujet de l’aide humanitaire au Cambodge. Il déclare : « Nous sommes ici face à un holocauste qui n’est pas le produit d’une idéologie, mais le résultat d’une indifférence bureaucratique et politique. L’histoire ne nous pardonnera pas si nous laissons un peuple entier s’éteindre alors que nous avons les moyens de les nourrir. » Il définit trois priorités : l’urgence absolue (2 millions de Cambodgiens risquent de mourir de faim) ; la priorité de l’humanitaire sur le politique (dans un pays occupé par les Vietnamiens) ; la nécessité d’établir un pont terrestre à partir de la Thaïlande.
17 octobre 79 : Le général Kriangsak Chamanand, premier ministre thaï se rend sur la zone frontière avec des militaires. Ils estiment à 155 000 le nombre de réfugiés et constatent leur profond dénuement. Il en est de même pour les troupes kr qui sont au bord de l’effondrement. Les militaires thaïs recommandent de donner asile aux KR afin qu’ils puissent se reconstituer en forces combattantes pour faire face aux Vietnamiens (Shawcross, 1985, p. 162).
18 octobre 79 : Le premier ministre thaïlandais revient à la frontière avec les ambassadeurs suédois, danois et canadien. Il leur déclare que ses récentes visites ont changé à « cent pour cent » sa manière de voir les choses. Désormais tout réfugié cambodgien ou laotien sera admis sans la condition préalable d’une réinstallation ultérieure dans un pays tiers et autorise une politique de « porte ouverte ». La Thaïlande ne rapatriera plus personne. L’ambassadeur du Danemark affirme que cette décision va améliorer l’image de la Thaïlande dans le monde et facilitera les demandes d’aide. Il recommande immédiatement à son gouvernement de débloquer des fonds spéciaux (Shawcross, 1985, p. 162).
19 octobre 79 : Le général Kriangsak Chamanand, premier ministre thaï, rend publique ses décisions de la veille. Il ouvre la frontière aux réfugiés qui seront dirigés rapidement dans des centres d’hébergement que le gouvernement entend construire avec l’aide de l’U.N.H.C.R.
L’U.N.I.C.E.F. et le C.I.C.R., soutenus par Kurt Waldheim, lancent un appel à l’aide internationale. Le secrétaire général de l’O.N.U déclare : « La communauté internationale est témoin d’une tragédie, dont les proportions sont peut-être sans parallèle dans l’Histoire. Je fais naturellement allusion au sort du peuple cambodgien. Voici un pays qui, selon les estimations les plus fréquentes, a perdu la moitié de sa population. Le peuple cambodgien souffre d’une misère et de privations immenses. Il faut faire face au manque de nourriture, de médicaments et de transports. La malnutrition est effrayante surtout parmi les enfants dont 90 % sont gravement sous-alimentés. » (cité in Shawcross, 1985, pp. 162-163) Il se justifie du retard pris devant les journalistes par le fait que jusqu’alors l’aide ne doit bénéficier qu’aux civils et non aux belligérants. Il passe volontairement sous silence les contacts qui ont été pris avec Ieng Sary à Bangkok. Il précise que l’U.N.I.C.E.F. a eu des conversations avec des représentants du KD tout en précisant que leur objet a été purement humanitaire (Shawcross, 1985, pp. 163-164). Ce revirement lié à une politique de « porte ouverte » thaïlandaise jette logiquement l’U.N.H.C.R. dans une crise d’impréparation.
20 octobre 79 : Création d’une association des journalistes de la R.P.K.
Rencontre entre Hun Sen et Guy Stinger (Oxfam). Le premier accepte l’aide du C.I.C.R. et de l’U.N.I.C.E.F. bien que les organisations onusiennes aient refusé de ne pas intervenir à la frontière (voir 14 octobre). Il y a donc revirement. Stinger en conclut que l’action de l’Oxfam doit désormais s’orienter sur la question du développement du pays (production agricole, semences et irrigation, vaccination, rétablissement des réseaux d’eau). Toutefois, d’une certaine façon, il y a rupture entre l’agence britannique et celles de l’O.N.U. (Shawcross, 1985, pp. 155-156).
22 octobre 79 : Le colonel thaïlandais Sanan Kachornkran, lié depuis le début à la crise frontalière, informe l’U.N.H.C.R. de Bangkok que l’armée allait livrer plus de 90 000 « immigrants illégaux » au H.C.R. dans les 48 heures. Pour la première fois le gouvernement thaïlandais lui donne une autorité opérationnelle puisque jusqu’alors tout était géré par le ministère de l’Intérieur (le H.C.R. ne payait que les factures). Le H.C.R., qui habituellement paie mais délègue, se voit donc contraint d’établir des camps dans l’urgence absolue pour les 24 et 27 octobre en ayant recours aux différents organismes humanitaires sur place (Shawcross, 1985, pp. 165-166).
24 octobre 79 : Ouverture du « centre d’accueil » de Sa Keo en Thaïlande qui accueille 31 000 réfugiés venant de la zone contrôlée par les KR au sud d’Aranyaprathet. Parmi eux quelques soldats kr et leurs familles. L’installation sous les pluies de mousson se fait dans une pagaille indescriptible. Alors que les personnes arrivent dans un état lamentable le camp ne disposera à ses débuts que de trois médecins et un infirmier. 30 personnes y meurent par jour. Pour autant, le C.I.C.R. refuse les offres d’aide de médecins et d’infirmières venant du monde entier ou de Thaïlande et un désordre absolu y règne par manque de prévision (Shawcross, 1985, pp. 166-168).
Aux États-Unis, des représentants de l’Église et des agences d’aide, sous la conduite du révérend Théodore Hesburgh (président de l’université Notre Dame), de Terence Cook (cardinal de New York) se réunissent à Washington pour lancer un appel d’aide en faveur du Cambodge. Ils s’engagent à intervenir auprès de Jimmy Carter pour obtenir des subsides, impliquer l’administration américaine (peu active jusqu’alors). Ils font référence entre ce qui se passe actuellement au Cambodge et ce qui a eu lieu au moment de l’Holocauste en Europe : « Beaucoup n’ont pas bougé alors, se sont excusés plus tard sous le prétexte qu’ils ne savaient pas l’étendue de ce qui se passait et ont juré de ne plus rester passifs devant la tentative de destruction d’une nation. Mais ce qui a eu lieu au Cambodge est un gigantesque attentat contre le droit humain fondamental à la vie. Nous ne pouvons pas dire que nous ne le savons pas et nous ne pouvons pas nous permettre que des difficultés politiques, financières ou techniques conduisent à un autre holocauste. » (cité in Shawcross, 1985, p. 173)
Pressé par les événements (voir 16 octobre) et une pression médiatique, Carter réagit immédiatement à cette lettre en provoquant une conférence de presse à la Maison Blanche en présence Hesburgh et Cook durant laquelle il annonce immédiatement une aide exceptionnelle des États-Unis passant de 7 à 70 millions de dollars (Shawcross, 1985, pp. 173-174).
27 octobre 79 : Le gouvernement de Phnom Penh (provietnamien) refuse d’accéder à une demande de sénateurs américains visant à livrer une assistance urgente aux populations affamées par voie de terre depuis la Thaïlande. La démarche est qualifiée de « manœuvre impérialiste ayant pour but de venir au secours de Pol Pot ». (Deron, 2009, p. 223)
29 octobre 79 : Zia Rizvi accompagné de Leslie Goodyear (chef du protocole au Nations Unies, sur le départ) sont reçus par l’ambassadeur américain en Thaïlande, Morton Abromowitz. Ce dernier les sermonne à propos de la piètre gestion du camp de Sa Kaeo : « Tandis que les Thaïs avaient largement contribué à la pagaille [suite à leur revirement, voir 22 octobre], l’U.N.H.C.R. n’avait pas prévu de plans d’urgence pour des centres d’hébergement dont tout le monde savait qu’on aurait besoin et n’avaient pas réussi à faire bon usage des quarante-huit heures de préavis que leur avait données les Thaïs avant l’arrivée des réfugiés. » Rizvi, qui doit remplacer Goodyear, convient des défaillances et s’engage à construire un nouveau camp immédiatement (Shawcross, 1985, p. 175).
30 octobre 79 : Rizvi et d’autres représentants de l’U.N.H.C.R. rencontrent le vice-maréchal de l’air thaïlandais Siddhi (voir 11 septembre). Ce dernier demande à ce que l’organisme se prépare à accueillir 300 000 réfugiés. Rizli accepte mais demande à ce que les Thaïlandais acceptent que l’U.N.H.C.R. ait un rôle de coordinateur. Or, depuis septembre, Siddhi a autorisé 2 agences à travailler sur la frontière, l’U.N.H.C.R. et l’U.N.I.C.E.F. Il ne peut revenir là-dessus. Rizli retourne voir Ambromowitz et évoque avec lui les obstacles bureaucratiques des agences onusiennes et leurs querelle de préséance face à l’urgence de la situation… (Shawcross, 1985, pp. 175-176)
Fin octobre 79 : Les organisations internationales présentes en Thaïlande finissent par réagir aux critiques de l’ambassade américaine (Abramowitz) et de certains pays donateurs. Jean-Pierre Hocké (directeur du département action au C.I.C.R.) reconnaît à New York devant les donateurs que son institution a été lente à réagir. 20 médecins et 80 infirmières sont en partance pour la Thaïlande. A Genève, l’U.N.H.C.R. décide d’envoyer une équipe de haut niveau dirigée par Zia Rizvi (Shawcross, 1985, p. 174).